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 La légende de Gwendolyn

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Gwendolyn

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MessageSujet: La légende de Gwendolyn   La légende de Gwendolyn Icon_minitimeMar 24 Aoû 2010 - 20:03

Nom :Tinuv'iel
Prénom : Gwendolyn, ou Gwenny pour les intimes.
Age : 17 ans
Classe : Troubadour
Peuple : Lévitis d'origine

Caractère: Le terme « libre » a beaucoup de sens, mais Gwendolyn est la personne qui les englobe le mieux. Elle est sauvage, rebelle, file comme le vent, disparaît et réapparait, elle déteste qu'on lui dise ce qu'elle doit faire. S'il existe un chemin qu'on doit suivre durant sa vie, ce sera le sien et non celui que ses parents voudraient. En harmonie avec son indépendance excessive, elle n'a jamais ressenti le besoin de suivre les lois. Tout ce qui est interdis et dangereux lui a toujours plu, y compris les choses illégales et peu recommandées. Elle n'est pas pour autant une voleuse, brigande ou autres, ses valeurs morales l'en empêchent, mais elle n'hésiterait pas à franchir le pas de l'illégalité (ou à se mettre en danger) si elle estime cela nécessaire. Pour aller de paire avec son caractère téméraire, Gwenny est joviale, toujours de bonne humeur. D'ailleurs, rares sont les personnes qui réussissent à rester tristes en sa présence, car elle possède un humour à toute épreuve et ne se fait pas prier pour jouer un petit air afin de mettre du baume au coeur. Pour poursuivre la description de son esprit libre, elle ne possède aucune gêne : souvent aguicheuse, franche, extravertie... On a souvent du mal à savoir où elle veut en venir, et à comprendre ses actes. Mais à quoi bon ? Elle n'en a pas grand chose à faire, que les gens ne la comprennent pas, tant qu'elle sait ce qu'elle fait.
Libre … comme le vent, comme les étoiles qu'elle aime tant regarder. Liberté qui s'accompagne souvent de la solitude qu'elle ressent dans ses voyages. C'est le prix à payer pour rester ce qu'elle est.

Physique: Grâce à ses cheveux roux, flamboyante elle est, et grâce à son sourire, rayonnante elle restera. Car vous l'aurez remarqué, Gwenny n'est pas le genre de jeune fille qui passe inaperçue : des yeux d'un vert pâle à l'ombre, et émeraude au soleil qui embellissent un visage aux traits doux et aimants. Une couronne de flammes rebelles entoure ce dernier, cheveux indomptables et pourtant magnifiques. Où qu'elle aille on la considère comme une étrangère car son apparence n'est commune à aucun peuple -ressemblant à la fois à une Levitis et à une Fedorienne-, mais en contrepartie il lui ait facile d'avoir ce qu'elle veut par le biais d'un simple sourire. Ses tâches de rousseurs et son sourire angélique lui donnent un charme enfantin qui aide souvent ses rapports avec les inconnus. De plus, elle n'est pas désagréable à regarder dans ses robes colorées qui, souvent, mettent en valeur ses formes. Et lorsqu'elle doit jouer, elle aime se rajouter des bijoux et du maquillage, ce qui lui donne souvent un air vaguement irréel, tout droit sortie d'un rêve lointain dont on ne se souviendrait plus bien. A part cela, il n'y a pas grande chose à dire si ce n'est qu'elle porte une aura de mystère, mélangée à la fascination qu'elle cause souvent au premier regard. Et vous, serez-vous fascinés ?

~~

Laissez-moi vous conter un histoire, mon histoire. L'histoire d'une femme libre, d'une femme qui a trouvé sa voie sans savoir où elle la mènera. L'histoire d'une vie qui n'a rien de commune, d'une vie qui n'a rien eu de facile. Laissez-moi vous conter une histoire.
L'histoire d'une Troubadour.


***

Partie 1 : Promesse.



Il faisait froid. J'avais froid. Pourtant je restais là, à fixer le ciel et les étoiles, à travers la petite lucarne de ma cachette. Je ne sais pas ce qui m'a poussée, ce jour-là, à ne pas bouger pendant des heures. Mais ce que je sais, c'est que ma vie ne commença réellement qu'à cet instant. Je suis née le jour de mes quinze ans, en haut d'une tour de stockage de céréales, pour seuls témoins le ciel et les étoiles. Une étoile, précisément, une étoile filante à travers le ciel. Je suis née en la regardant passer, en regardant sa beauté, en enviant sa liberté.
Et ce jour-là, je me suis faite une promesse. Non un souhait, comme on devrait le faire devant une étoile filante, mais une vraie promesse. J'ai promis devant La Reine Ael, devant la vénérée Lune Cérune et devant tous les esprits de mes ancêtres, qu'un jour je traverserai la brume omniprésente autour de Lévitas, et que je deviendrai aussi libre que cette étoile. Voilà, ma vie débuta sur cette promesse. Et c'est là que débuta mon périple.

Mais si je veux vous faire suivre le fil sinueux de ma vie, ce n'est pas en commençant pas de belles phrases. Je dois vous raconter ce que je faisais en haut de cette tour, ce que je faisais dans le froid, et surtout, je dois vous expliquer qui j'étais.
Je me nomme Gwendolyn Tinuv'iel, et si vous connaissez un minimum Levitas, vous saurez que mes parents sont des nobles. Mon père est un grand savant, et enseigne dans l'une des plus grande école de Lévitas, d'où sa réputation excessive. Et même s'il ne me nomme pas comme cela, je suis l'erreur de sa vie : dès la naissance, un problème s'est imposé. Je suis rousse, comme les Fédoran, ce qui dénonce des origines autres que Levitis. Une famille noble avec un enfant bâtard ? Dans un peuple aussi fière de ses origines que les Levitis ? Impossible. Voilà, c'est le mot qui a régi toute mon enfance : impossible. Pourtant mes deux parents sont Levitis, seulement, ma grand-mère ne l'était pas. Elle était fedorienne, et j'ai hérité de ses cheveux flamboyants, ces cheveux maudits qui me firent me sentir exclue. Ne vous y trompez pas, mes parents m'entourèrent d'amour et me m'éduquèrent comme tous les Levitis : dans la connaissance, et l'envie d'apprendre. Mais comment apprendre, lorsque souvent, on vous interdit l'accès aux bibliothèques en vous prenant pour une étrangère ? Comment aimer la connaissance, lorsque dans toutes les écoles, on vous regarde avec insistance ? Et bien oui, dans mon cas, on ne veut plus apprendre. Et c'est l'une des raisons pour lesquelles je me suis retrouvée dans cette tour de céréales, en pleins milieu de la nuit. Quand on se sent exclue, on aime se sentir seule à seule avec ce qui ne vous reprochera jamais vos origines : les astres. Je reste Levitis, et j'aime les étoiles, j'aime communiquer, j'aime nos cultes, nos coutumes … Mais il faut croire que cela ne suffit pas. Quelque part, cela n'a jamais suffit.


**

-Mademoiselle Tinu'viel ! Mademoiselle, faites attention !

Penchée par la lucarne, essayant de voir une dernière fois l'étoile filante, je sursautais. Et dans un geste vif, je jetai un regard méprisant au soldat en bas de la tour. Pourquoi fallait-il que la lune brille si fort, cette nuit ? Avec mes cheveux couleur de feu, j'étais facilement repérable. Et pourquoi à chacune de mes fugues, fallait-il que les gardes me retrouvent ? La prochaine fois, je m'enfoncerai encore plus loin dans la ville, là où les soldats que mon père envoie ne me trouveront pas.

-Mademoiselle, vous allez tomber, retournez à l'intérie...

Je le regardais commencer à s'affoler alors que le vent m'avait empêchée d'entendre la fin de sa phrase. Elle était haute cette tour, un peu plus de quinze mètres peut-être, mais cela ne m'avait jamais fait peur. En réalité, ce soldat s'inquiétait plus pour moi que je ne m'inquiétais moi-même. A chaque fois c'était la même chose. On avait toujours peur pour moi, et moi, je n'avais peur de rien. Avec un soupire, je commençais à enjamber la grande lucarne. Utiliser les escaliers ? Très peu pour moi, je préfère descendre avec ma corde en fil de Mori... Alors que je posais les pieds sur les tuiles, je vis le soldat commençait à hurler quelque chose. C'était bien dommage pour lui que le vent soit si fort, et c'était bien dommage pour moi car des personnes commençaient à sortir de leur maison. J'allais encore me faire remarquer, et j'allais encore me faire punir. Et bien tant pis, après tout, je venais juste d'avoir quinze ans aujourd'hui ! Ca serait mon propre cadeau d'anniversaire, de descendre cette tour avec ma corde. J'aimais ça, c'était dangereux, c'était idiot. Et alors ? Quand je suis en danger, je ne pense plus les regards des autres. J'ai l'impression d'être moi-même, pour quelques secondes.
Je lâchais le rebord de la fenêtre et commençais à glisser sur les tuiles. Soudain la lune attira mon regard, elle était si belle cette nuit. Je pensais ensuite à mon étoile filante, et à ma promesse. Libre, un jour, plus personne ne m'interdira de descendre d'un toit. Un jour, j'aurai un cheval, et j'irai galoper dans des plaines quelque part ailleurs. Un jour je serais libre, sans parents, sans personne qui me dévisagera pour mes origines. Et plus personne ne m'empêchera d'apprendre. Je glissais un peu plus, le bord du toit se rapprochait, prudemment. D'autres soldats étaient arrivés, et je voyais des personnes posaient leurs mains sur leur bouche, terrifiés. Oh, oui, libre ! Libre comme l'air, libre comme le vent, plus libre que n'importe qui. Je n'aurais ni contrainte, ni bagage, je vivrais chaque instant avec délice. Je le savais que j'y arriverais, maintenant que j'avais promis, maintenant que la reine Ael, que la lune Cerune et que tous mes ancêtres m'avaient entendue ! Libre … libre … Je glissais de nouveau, le bord du toit à portée de main.
Puis je dérapai. Une tuile qui était partie. Je glissai pour de bon. Je me rattrapai de justesse au bord du toit, mais j'étais trop lourde. J'allais tomber. Non comme une plume, mais comme une pierre. Et j'avais peur. Moi, Gwendolyn Tinuv'iel, à cet instant, j'ai eu peur de mourir...Combien de secondes avant de lâcher ? Combien de secondes encore à vivre ? J'avais peur. J'allais lâcher. Et ma promesse ne n'exaucerait jamais..C'est bon, je tombai. Le compte-à-rebours était en route. Le vent sifflait autour de moi, je n'étais pas libre, j'étais une pierre. Non, je voulais un jour pouvoir être loin de tout ça, je voulais vivre pour être libre ! J'avais promis. Ael, Cerune, mes ancêtres, ils le savaient. Ils n'allaient pas m'abandonner. Soudain, je me sentis calme, vide.
Je fermai les yeux et croisai les bras. Je ne pouvais pas mourir, j'avais promis.

[la suite en création ! =D]


Dernière édition par Gwendolyn le Jeu 26 Aoû 2010 - 17:57, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: La légende de Gwendolyn   La légende de Gwendolyn Icon_minitimeMer 25 Aoû 2010 - 21:18

Partie 2 : La voie.




Impact...Vivante.
Vivante. J'ouvris les yeux, perdue, le souffle coupé, les sons étouffés. Déboussolée, je haletais sans comprendre ce qui se passait. Choquée, je n'arrivais plus à savoir si je ressentais quelque chose. Douleur ? Peur ? Étonnement ? Ces mots n'avaient plus aucun sens pour moi. Et les astres brillaient d'une lueur étrange dans le ciel. Quelle était cette couleur ? Je ne savais plus. Et le haut de la tour semblait pencher vers moi, comme si dans ma chute je l'avais fait se tordre. Etait-ce possible ? Je ne l'aurais jamais cru … Cérune était floue, elle se dédoublait au milieu des étoiles, comme deux grands yeux qui me fixaient. Elle me regardait moi, pauvre Levitis, aux portes de la mort. Mais l'étais-je vraiment, morte ? Oui. Sans douleur, sans émotion, sans impression, je ne vivais plus. Soudain un hoquet m'échappa, et de l'air s'engouffra dans mes poumons. Une bouffée de vie. Je sentis alors des mains se poser sur moi, des mains qui me palpaient, des personnes qui me parlaient. Autres que les astres, il y avait des visages devant moi … tant de personnes qui me regardaient.

-Gwendolyn, tenez bon ! Tenez bon, on va vous sauver …

Sauver ? Me sauver ? N'étais-je donc pas morte ? Tenir bon …
Déclic. Je criai alors, tout l'air que mes poumons avaient tant lutés à inspirer. Je criai toute la douleur qui avait explosé dans mon corps, toute mon impuissance. Déclic, maintenant, rien d'autre n'avait d'importance que cet océan de souffrance. Mes courtes inspirations ne me servaient qu'à crier plus fort, plus longtemps. Mais je n'entendais pas mon chant d'agonie, le sang battait à mes tempes, toujours plus vite, toujours plus violemment. Je tournais la tête, ouvrais les yeux pour apercevoir des couleurs, des formes. Tout était flou, pourquoi personne ne faisait-il rien ? Pourquoi ne sentais-je plus les mains sur mon corps ? Ou peut-être celles-ci étaient encore là … Une nouvelle vague de douleur. Je me contorsionnais, ne faisant qu'empirer la douleur. C'était plus puissant que tout, plus puissant que tout ce que j'avais vécu. Plus puissant que ma volonté. Oui, je voulais mourir ! A quoi bon vivre pour souffrir, pour subir cela ? A quoi bon continuer de vivre, quand sa vie n'a aucun sens ? Quand rien ne nous retient vraiment sur cet terre ? Ma promesse … elle me semblait si ridicule maintenant, si abstraite à côté de ma douleur. Ael m'avait abandonnée, Cerune se contentait de m'observer et mes ancêtres m'attendaient à bras ouverts.
Mourir ! Maintenant, sans détour, tout arrêter.
Arrêter.. arrêter …Doucement, mon champs de vision rétrécie. Lentement, je commençai à m'assoupir, la souffrance refluait. Dormir me semblait soudain si important, je fermais lentement les paupières. Une vague de lucidité me cria alors que ce n'était pas normal. J'étais si fatiguée, c'était si évident, pourtant … pourtant … Je remarquai alors. Un chant, une mélodie, une mélopée dans le fond de mon esprit. Une douce chanson, une berceuse, quelque chose de merveilleux que je ne pouvais décrire, qui m'apaisait plus sûrement que toutes les paroles du monde. Je me sentais planer, voler sur cette mélodie. Mes paupières étaient maintenant closes, je sentais les traits de mon visage détendus, je ne bougeais plus. Et la douleur ? Elle était là, mais elle me semblait lointaine, comme appartenant à quelqu'un d'autre. Je me sentait enveloppée d'une chaleur irréelle, dans un endroit imaginaire. Etais-je en train de dormir ? Maintenant, il me semblait que la mélodie avait des paroles. Elle chantait la joie de vivre, la beauté de la nature, la puissance d'Ael sur Levitas. Etrange, je me voyais dans ses paroles, je me reconnaissais au milieu des chants de joies. Je me regardais danser, mes cheveux flamboyant comme les feux allumés durant les cultes de la Reine Ael.
Je rêvais, je rêvais, pendant des minutes, des heures, des jours que sais-je ?
Douce mélodie, tendre mélopée, je me suis endormie, sous tes doigts de fées...

**

Je grimaçais et gémis de nouveau. J'avais envie de me plaindre, de trouver un moyen de faire sortir ce Clerc de ma chambre. Il avait des cheveux tout ce qu'il y a de plus blancs, coupés courts, des yeux gris un peu ternes. Une bonne partie de sa vie était déjà passée. Sa toge me semblait neuve, sûrement de très bonne facture, sans parler des bagues à ses doigts. Et il avait un sourire affable, celui des hommes satisfaits d'eux-même et de leur vie. Hypocrisie était le premier mot qui me venait, en le regardant. Assez ! Je n'en pouvais plus. Mais un seul regard de celui-ci me fit changer d'avis. Peut-être hypocrite mais comme la plupart des Levitis très bon manipulateur. Mon père, cheveux blanc aux reflet blond, yeux marrons, atteignant le mètre quatre-vingt-dix sans complexe, me fixait du bout de mon lit. Et une nouvelle fois, j'eus le droit à ses réprimandes :


-Arrête de bouger Gwendolyn, tu compliques la tâche au Maitre Ilius. Quand je pense que tu as sauté de cette tour ! Te rends-tu compte de la peur que tu nous as fait, à ta mère et moi ? Es-tu totalement inconsciente ? Je te promets que si je te vois dehors ces prochains jours … Je... Ca se passera très mal pour toi.

Un pique de colère monta en moins. Sauté, sauté ! Mon père n'avait que ça à la bouche. Il me pensait suicidaire, il pensait que j'avais fais exprès de tomber de ce toit. Et toutes les paroles que j'avais pu lui dire, toutes les explications que j'avais pu donner étaient tombées à plat. J'étais punie, interdiction de sortir pendant un mois, et encore plus s'il me venait à l'esprit d'escalader ne serait-ce qu'une chaise. C'est ça ! Et bientôt, on allait m'interdire de manger, sous prétexte que j'avais fais exprès de m'étrangler avec ma nourriture. Je n'en revenais, j'étais … hors de moi ! Maitre Ilius tata de nouveau une zone sensible de mon bras, et je poussais un petit cri de mécontentement. Le Clerc continua, comme si je n'avais rien fait. Et cela, c'était certainement pire que tout : cet homme m'ignorait, comme si je n'étais qu'un cobaye sur lequel il expérimentait ses techniques de guérisons. Marre ! J'en avais ras le bol, si ça continuait, j'allais vraiment sauter pas ma fenêtre. Au moins, si je ne me ratais pas, mes ancêtres ne me casseraient pas les pieds, eux. Mon père rouvrit la bouche, et j'étais sur le point d'exploser. J'allais sortir la réplique la plus cinglante, terriblement insolente, infiniment imprudente de mon répertoire quand le Clerc parla :


-Et bien, mademoiselle Tinuv'iel, il me semble que vous êtes de nouveau en état. Une semaine de récupération vous a été suffisante grâce à mes soins. Et estimez-vous heureuse que j'ai été rapidement à vos côtés... et aussi que ce troubadour vous ait soutenu. D'après moi, s'il n'avait pas joué pour vous peu de temps après l'impact, vous n'auriez jamais retrouvé la totalité de votre motricité. Sans parler du fait que vous soyez atterrie sur ces sacs de céréales, ils ont amorti votre chute. En fait, je dois avouer que vous avez une chance plus qu'insolente jeune fille. Ne la gaspillez pas.

Je fis une moue qui ressemblait fort à de la bouderie. Mais en réalité, j'étais la première surprise de mon rétablissement, et surtout surprise que tous ces événements se soient enchainés pour ma survie. Comment était-il possible que la chance à elle seule ait fait en sorte que ces sacs, un clerc et un troubadour soient prêt de moi ? Ce n'était pas de la chance. J'en étais sûre, si sûre que ça en devenait une obsession : c'est ma promesse qui m'avait sauvée. Ils m'avaient tous entendue ! Ael, Cerune, mes ancêtres ! Ils m'avaient sauvée.
Bon, bien sûr, j'apportais aussi une grande importance à ce Clerc. Sans lui, on ne m'aurait peut-être pas soignée à temps … mais je ne pouvais pas m'empêcher d'avoir de l'hostilité envers lui. Son attitude m'exécrait, et surtout, son appuis insistant pour une rémunération. Cela crevait les yeux que cet homme attendait qu'on lui donne de l'argent. Et si je n'avais pas été la fille d'un homme riche, m'aurait-il soignée ? Je serrai les dents et tentait de sortir « Maitre » Ilius de mon esprit. Je demandai alors :


-Père, et le troubadour, l'avez-vous retrouvé ? On ne peut pas le laisser partir comme cela. Vous l'avez vous-même entendu, sans lui, je serais peut-être paralysée. Je veux le rencontrer pour le remercier, je ne supporterai pas d'ignorer qui il est.

Cette fois-ci mon père fronça les sourcils pour de bon. Il n'aimait pas que j'insiste pour voir cet homme, car loin d'être aveugle, il avait remarqué mon intérêt profond pour la mélodie du troubadour. Ce n'était pas qu'il était contre, comme tout bon Levitis, il appréciait que sa fille ait une curiosité débordante et une soif d'apprendre. Mais je savais qu'il me destinait à la classe des sorciers, il voulait que j'intègre la plus grande école de magie et que j'apprenne à maitriser le vent. Et sincèrement, je n'avais encore aucune idée de ce que je voulais faire. Je me renseignais sur tout, apprenais tout ce que je pouvais, mais ne m'intéressais particulièrement pour rien. Cela aussi, mon père l'avait remarqué, et cela l'inquiétait. Après un temps d'hésitation, il me répondit :


-Si, nous l'avons retrouvé, il s'apprêtait à quitter la ville pour un voyage itinérant. Nous avons réussi à le convaincre de te rencontrer, mais il refuse toute sorte de rémunération et n'accepte que de te voir toi. Je n'aime pas beaucoup cet homme Gwendolyn, il ne me semble pas recommandé que tu le côtoies .

A côté de moi, Maitre Ilius s'agita. Sûrement commençait-il à s'inquiétait pour sa rémunération, car si le troubadour la refusait, n'était-il pas possible que lui non plus ne l'ait pas ? Je retins de justesse un sourire de joie malsaine, j'avais ENVIE qu'on ne le paye pas. Pourtant je n'interviendrai pas, car il serait mal de lui retirer toute récompense pour m'avoir soignée. Sans lui, ne serais-je pas morte à l'heure qu'il est ? C'est ça, répète-toi cela Gwendolyn, tu réussiras peut-être à apprécier cet homme un jour ! Mais à cet instant, je prêtais beaucoup plus d'attention aux dires de mon père. Je souris sincèrement et m'exclamai :

-Voyons père, ne soyez pas si inquiet. Il ne m'a pas soignée pour m'attaquer ensuite, vous avez bien vu qu'il ne me voulait aucun mal. Je veux juste pouvoir lui parler, par simple curiosité. Cela me sera forcément utile d'en savoir un peu plus sur mon second sauveur, il possède des connaissances que je n'ai pas. De toute façon, Maitre Ilius a fini, à ce que je vois. Dites donc au troubadour de venir à sa place, comme cela, toute cette histoire sera finie d'ici ce soir.

-Ce soir, tu te reposes. Nous verrons demain matin si tu acceptes toujours de voir ce jeune homme. Nous ne devrions pas le retarder dans son départ …

Mon père fit un signe de tête au Clerc, et ensemble ils se levèrent. J'étais bouche-bée de voir mon père réagir ainsi, alors que habituellement il s'empressait d'exaucer mes souhaits -en particulier si ceux-ci avaient un rapport avec ma culture personnelle. Pourtant je n'ai pas réagi, je me suis tue en les regardant prendre la porte. Je ne comprenais ni la réaction de mon père, ni son assentiment pour le troubadour, mais ce que je savais maintenant, c'est que quoi qu'il arrive je verrai ce joueur d'instrument.
Demain matin, ce sera chose faite.


**

-Mademoiselle, un troubadour est à votre porte, il demande à entrer.

Marcus, l'un des deux soldats qui gardaient constamment ma porte depuis une semaine -depuis que j'avais fait « ma tentative de suicide-, me regardait de ses yeux dorés. Je m'entendais bien avec lui, il était toujours très gentil avec moi et ne refusait jamais de me rendre un service. De plus, c'était l'une des rares personnes qui me pensaient incapables de me suicider. Enfin quelqu'un d'observateur ! Merci ma Reine, c'était pas trop tôt. Pour ces raisons, je lui rendis un sourire rayonnant qui ne manquait jamais de le mettre de bonne humeur. J'aimais rendre les gens heureux, cela me semble important.


-He bien laisse-le donc rentrer Marcus, j'attends ce jeune homme depuis des heures ! Réprimandez-le un peu en passant, je vous prie, il me semble que vous serez plus impressionnant que moi.

Le rire tonitruant du soldat emplit pendant quelques secondes la vaste chambre, alors qu'il lâcha un « cela sera fait selon vos désirs » en refermant la porte. Un sourire aux lèvres, je baissais de nouveau les yeux vers mon occupation : de la couture. Non de la broderie, comme toutes les jeunes filles de bonnes familles de mon âges, mais de la couture. A vrai dire, je me confectionnais un sac en peau de Moo depuis plusieurs mois. C'était fort grotesque, mais très résistant, et je ne doutais pas que cela me serait utile lors de l'une de mes prochaines escapades. Sur une petite table à côté de moi se trouvait une vrai broderie, que je prenais promptement quand mes parents rentraient dans la chambre. Ma vie se résumait souvent à cela : faire attention à ressembler à une jeune fille normale. Figurez-vous que c'est souvent difficile. Je prie la broderie et cacha le sac derrière-moi, c'était ce qu'il y avait de plus prudent à faire.
Le grincement de la porte me fit sortir de mes rêveries, et je levais les yeux vers le jeune homme qui venait d'entrer. Très vite, je fus surprise. Il était jeune, pas autant que moi, mais aux alentours de 18 ans. Son regard était agacé, franc, glacial, il me fit frissonner. Ses cheveux étaient blancs, comme tous les Lévitis, mais avec des reflets roux : une infime ressemblance avec mes cheveux, mais je n'avais alors encore jamais vu de reflets roux. Et ses vêtements étaient étranges, ils changeaient de teinte à la lumière, mi-élégants mi-banals. Cela ne ressemblait point à des vêtements de voyages. Je restais coite sur ma chaise, alors qu'il me dévisageait avec insistance. J'ai souvent du mal à me l'avouer, mais je pense que s'il n'avait pas pris la parole, j'aurais été incapable de le faire à sa place :

-Tu es bien difficile à atteindre, Gwendolyn. Ton père était prêt à me mettre à la porte si je t'approchais. Heureusement que votre demeure n'est pas aussi bien gardée qu'on le prêtant !

J'écarquillai tout d'abord les yeux, blanchis, repris des couleurs avant d'ouvrir la bouche. Mais aucun mot n'en sortait. Je la refermais promptement avant de réfléchir à ce que j'allais dire. Cet homme m'avait tutoyée, et avait avoué être rentré chez moi par effraction, contre la volonté de mon père. N'en pouvant plus, j'éclatais de rire, une main posée sur la bouche et l'autre sur le ventre. Ce fut une crise de fou rire, et tout d'abord déconcerté, le troubadour finit par rire aussi. Pourquoi ? Bonne question, je ne l'ai jamais su. Mais ce que je sais maintenant, c'est qu'il n'a jamais été dans sa nature de rester sérieux très longtemps.
Entre deux hoquets, les larmes aux yeux, je finis par réussir à bafouiller quelque chose qui ressembla vaguement à « je vous prie de m'excuser, asseyez-vous donc ». Je pense qu'il avait compris mes dires aux gestes de la main que je fis vers la chaise, car aucun de nous deux ne pouvaient encore parler. Au bout de quelques minutes, je finis par essuyez mes yeux et à regarder l'inconnu avec un tout autre regard. J'appréciais sa témérité -rentrer dans ma maison par effraction et prier pour que je n'appelle pas mes gardes, c'était quelque chose- et sa façon de me parler. J'appréciais car c'était dangereux, c'était imprudent, mais surtout cela me m'était à l'aise. Son regard avait changé, il était devenu plus chaleureux. C'était si étrange de savoir qu'avec seulement un rire, nous nous étions déjà rapprochés. Le destin a quelque chose de magique que je ne comprendrai jamais car encore une fois, s'il ne m'avait pas accostée de cette manière, nous n'aurions certainement jamais sympathisé.


-Difficile à atteindre, je veux bien te croire. Mon père est quelqu'un de têtu, et il ne t'appréciait pas. C'est pour cela que je te remercie d'être entré sans son autorisation chez moi ! J'aurais très peu aimé devoir te courir après, avant ton départ.

-Me courir après ? Tu ne sembles pas être le genre de femme à le faire. Ta chambre est plus richement décorée que celle d'Ael elle-même ! Quoi que, je ne devrais pas penser comme cela. Quelqu'un qui est tombée d'une tour de céréale en pleine nuit ne peut pas être aussi bonne enfant que sa demeure le décrit. N'est-ce pas ?

La simple mention de mon accident me fit faire la moue. Mais ce qui me chagrinait le plus, c'est ce qu'il y avait avant. Malheureusement, il n'avait point tord pour ma chambre: des tapisseries en broderies, une cheminée en une pierre lisse et couteuse, des tapis de bals, un lit à baldaquin. Même la coiffeuse, dont je ne me servais quasiment jamais, était là. Qu'aurais-je encore d'autre, si j'étais une princesse ? Je soupirai soudain, sentant mes épaules se détendre. Je n'aimais pas la vie que mon père me donnait, je ne l'ai jamais aimée. Et la personne qui sembla alors me comprendre le mieux depuis des années, ce fut cet homme, quand il posa une main sur mon épaule avec son air soucieux.


-Vous aurais-je offensé ?

Un faible sourire apparut sur mes lèvres quand je remarquais le retour au vouvoiement. Il voulait que je sois à l'aise, alors il essayait plusieurs techniques. Mais pourquoi ? Pourquoi voulait-il que je sois à l'aise ? Qu'avait-il à me demander ? Je sentis une inquiétude monter en moi. Et si, lui aussi, voulait de l'argent ? Non, impossible, je ne voulais pas le croire. Alors sans y prêter grande attention, je posai ma main sur la sienne et répondis :


-Non, non, tu ne fais que décrire mon quotidien. Avais-tu imaginé ma chambre autrement, quand tu as appris qui j'étais ? Non, bien sûr, car c'est prévisible. Certainement plus que de savoir que je me balade seule la nuit sur les toit des tours !

Le visage du troubadour s'éclaira et il recommença à rire, retirant sa main de la mienne pour serrer ses cottes. Je souris sans comprendre ce nouveau retournement de situation. Puis je pris soudain conscience que c'était moi, qui l'avait fait rigoler. Alors que j'ouvrais la bouche, l'horloge au fond de ma chambre sonna onze heures. Dans un froissement de robes, je me levais et me précipitée vers la porte de ma chambre. Le jeune homme arrêta soudain de rire, alertait par mon comportement. Onze heures. On allait bientôt m'apporter le repas. J'ouvris la porte et attira l'attention de Marcus vers moi. Comme à son habitude, il se pencha discrètement vers moi et écouta attentivement ce que j'allais lui dire. Après maintes chuchotements, il acquiesça et se plaça devant la porte. Je me permis un sourire et refermais la porte.
Pas de repas ce midi, Mademoiselle Tinuv'iel est occupée et n'autorisera aucune intrusion dans sa chambre. Quoi de plus simple.
Ma porte grinça et je retournais m'assoir dans mon siège. Avec soulagement je me rassis, c'était déconcertant, car j'avais une atroce envie de retirer mes vêtements. Pourtant cela ne me semblait pas réellement possible dans l'immédiat. Loin de ces pensées légères, mon visage était plus grave qu'avant, et tout en me débattant avec ma robe à fanfreluches, je déclarai solennellement :

-Je ne sais pas combien de temps ils nous restent à parler. Quand mon père saura que j'ai empêché les femmes de chambres de m'apporter mon repas, il va devenir rouge... Sur ce, j'irai droit au but : je ne connais ni ton nom, ni ton prénom. Ni la raison pour laquelle tu m'as sauvée. Ni cette mélodie que tu m'as jouée … quelles en étaient les paroles ? C'était si étrange ! Je me suis sentie transportée ailleurs, comme si je volais sur les notes de ta chanson … je voyais des images, enfin, je crois que s'en étaient. Cela parlait d'Ael, des cultes, de la joie de vivre ...

En même temps de parler, j'essayais de repasser du plat de la main ma robe. Mais je remarquais que le jeune homme ne bougeait plus. Je m'arrêtai de parler et levai les yeux vers lui, curieuse et inquiète. Je sursautais en croisant son regard intense, son visage crispé... Qu'avais-je donc dis ? Avais-je fait une erreur, quelque part ? L'avais-je insulté ? M'étais-je trompée de terme pour parler du fruit de son instrument ? Je commençais déjà à bafouiller des excuses quand il posa un doigt sur mes lèvres et demanda tout bas :


-As-tu réellement entendu les paroles ? Gwendolyn, il faut que tu me le dises sincèrement. Qu'as-tu vu avec ma chanson, qu'as-tu ressenti ? C'est très important.

-Et bien … Au début je n'entendais que vaguement ta mélodie puis, petit à petit, quand je lui prêtais attention, elle s'amplifiait. Je ne ressentais quasiment plus la douleur, c'était comme si je planais. Comme je l'ai dis, ta chanson me transportait ailleurs, dans un endroit imaginaire, irréel. Je me voyais danser dans les cultes d'Ael, mais cheveux flamboyer plus fort que jamais c'était … merveilleux. Je ne crois pas avoir déjà vécu pareil sensation avant, déclarai-je quand il retira son doigt de ma bouche, est-ce mal ? N'aurai-je pas dû ?

-Je ne sais pas. Gwendolyn, je t'en conjure de me croire, je ne dis pas cela pour te flatter … mais très peu de gens réussissent à comprendre ce que j'essaye de transmettre quand je joue. En fait, la seule personne que je connaisse ayant déjà fait cela c'est … c'est moi. Il y a longtemps, avant que je devienne réellement troubadour. La première fois que j'ai entendu une mélodie, j'ai compris les paroles et depuis cela m'a obsédé. Quand on connait la puissance des instruments, on ne peut faire autrement qu'y consacrer sa vie. Tu as tout fait pour me rencontrer, c'est pour cela que j'étais si intrigué au point de vouloir rentrer ici sans autorisation. Gwendolyn, est-ce que tu penses souvent à mon chant ?

J'avais blanchi, soudainement, et sans que j'arrive à formuler la moindre phrase, je bafouillais. Etais-je obsédé par son chant ? Je fermais les yeux pour mieux me concentrer … Oui, je l'étais. Au fond de moi, j'entendais encore le son du chant, la mélodie chantait dans mon coeur. Je voulais réentendre ma mélodie, cette mélodie. Je voulais, je voulais …
J'attrapais la main du jeune homme, les yeux brillant d'un éclat étrange. Etrange pour moi, mais pas pour lui. Il prit mon visage entre ses mains et plongea son regard dans le mien. Son regard brillait du même éclat de joie, de passion … Il sourit et commença à rigoler doucement. Il posa ensuite sa main sur mes yeux et chuchota à mon oreille :


-Tu es enchantée Gwendolyn, enchantée par la musique. Plus jamais tu n'oublieras le chant des troubadours, jamais. Ton coeur chantera toujours les louanges de nos instruments. Tu es l'une des notres, que tu suives ton coeur ou non !

Il recula et commença à chercher quelque chose dans son dos. Moi, moi je restais là, comme transportais par la simple idée que je sois enchantée. Enchantée .. je ne savais pas si l'idée me plaisait ou non. J'étais ailleurs, perdue au milieu d'une mélodie que j'étais la seule à entendre. Une mélodie si douce, si parfaite. Enchantée..
Je sursautais quand le jeune troubadour me tendit un objet dans un tissu. Je levais les yeux vers lui, et il hocha la tête. Je pris précautionneusement l'objet dans mes mains, le tissu le recouvrant encore. C'était long, cela ressemblait à un baton … mais à travers le tissu, je sentais que c'était orné. Je frissonnais sans savoir pourquoi, je frissonnais de plaisir au contact de cet objet. Avec une intense curiosité, je soulevais le tissu pour admirer la flûte à l'intérieur. Elle était dans un bois très clair, presque blanc, ornée de motif de feuilles, de végétations. On savait en regardant son instrument que ce jeune homme était proche de la nature. On le sentait. J'étais fascinée par sa flûte, comme hypnotisée, je ne pouvais pas la quitter des yeux. Magnifique, elle était magnifique …
Soudain je sortis de ma torpeur et demandai d'une traite :


-Es-tu libre ?

-Quoi ? Libre ? Rétorqua-t-il, les sourcils froncés.

-Oui, te sens-tu libre ? Quand tu voyages à travers les contrés, en tant que voyageur itinérant, te sens-tu libre ?

Un silence s'installa, alors que le troubadour essayait de comprendre le sens de cette question. Il finit par soulever les épaules, et répondit de façon naturelle et décontractée :


-Un troubadour est libre d'aller où il veut, quand il veut. Nous sommes des voyageurs, et si nous affectionnons notre pays d'origine, nous sommes d'un peu partout. Alors, oui, je me considère comme libre. Rien ne me retient nulle part, je suis comme le vent.

-Alors prends-moi comme apprenti. Veux-tu ? Je suis déjà troubadour, tu l'as dis. Permet-moi d'avoir la formation.

-Gwendolyn … tu ne me connais même pas ! Tu prends ton choix à la légère, je sais que tu dois te sentir forte mais …

-Tais-toi ! Je ne prends jamais de choix à la légère, le coupai-je, et je t'ai demandé si tu voulais me prendre comme apprenti. Répond.

Il s'arrêta de bouger pendant quelques secondes, plongeant ses yeux dans les miens. Je ressentais quelque chose d'étrange, à chaque fois qu'il posait ses yeux sur moi … si étrange. Il finit par me faire un sourire malicieux, et tendit sa main pour récupérer sa flûte. Sur le coup, j'eus peur, peut-être pas autant qu'en tombant de la tour, mais j'eus peur. Pour la deuxième fois en une semaine, j'eus peur, moi ! Peur qu'il me refuse. Etait-ce possible ? Pouvait-il me dire non ?
Avec une boule de terreur dans la gorge, je lui rendis sa flûte.
Il commença à la faire tourner en ses main, comme un baton de combat, et soudain une lame sortie d'une extrémité. Je faillis pousser un cri, mais me retins de justesse. Avant même que j'ai pu bafouiller une question, il s'entailla légèrement la paume de la main.

-Donne-moi ta main Gwendolyn. Si tu souhaites vraiment devenir troubadour...

Je n'hésitais pas longtemps, et posai ma main dans la sienne. Je ressentis à peine le picotement de la lame, quand il m'entailla la paume. J'étais excitée, j'étais heureuse. Quelque part, je n'avais jamais quitté le monde merveilleux où m'avait plongée la flûte et son porteur... Mon maitre. Maitre et Apprentie.
Il me prit la main et mélangea nos sang en posant sa paume contre la mienne. Son sourire malicieux ne l'avait pas quitté, et je sentais toujours une sorte de boule dans ma gorge. Et maintenant ?


-Moi, Elyrim Elianthas prends solennellement Gwendolyn Tinuv'iel comme apprentie. Que la Reine Ael nous donne sa bénédiction, que la lune Cérune guide notre chemin et que mes ancêtres soient témoins de mon souhait. A toi Gwendolyn, fais pareil ..

-Euh … Moi, Gwendolyn Tinuv'iel prends solennellement Elyrim Elianthas comme maitre. Que la Reine Ael nous donne sa bénédiction, que la lune Cérune guide notre chemin, et que mes ancêtres soient témoins de mon souhait.

Je retirai promptement ma main de la sienne. J'avais eu l'impression, pendant quelques secondes, que nos mains brûlées. Je regardais ma paume et fus hallucinée de voir que j'avais une marque, la marque de l'entaille. Elle avait laissé une cicatrice … Je levais des yeux ronds vers Elyrim, pleines de questions. Il me sourit avec tendresse avant de déclarer :

-Tu es coincée maintenant ! Obligée de me supporter à cause d'un pacte de sang. Alors apprentie, tu te sens comment ? J'espère bien, parce que je ne te ferai pas de cadeaux pour ton apprentissage !

Il explosa de rire, alors que j'avais un mal fou à me remettre des derniers événements. Apprentie, j'étais devenue une apprentie à 15 ans … Un sourire rayonnant de bonheur éclaira mon visage, et je poussai un cri de joie avant de sauter au cou d'Elyrim. Celui-ci me serra contre lui, comme si des années d'amitié nous unissaient, comme si nous nous étions toujours connus.
-Pour sûr que je suis prête ! On commence quand ? Oh, et ne m'appelle pas apprentie si tu ne veux pas que je t'appelle maitre à ton âge. Tu risques de te prendre un coup de vieux.

-Ah ! Touché. Partenaire, ça te va ?

On se sépara et il me tendit de nouveau sa main. Je me souviens parfaitement de ce moment, où on s'est prit les mains comme dans un bras de fer. Un coup de vent passa par la fenêtre et alors que mes cheveux de feu volaient en tout sens, je murmurais, mon regard dans le sien :

-Partenaire.

Mais le moment le plus marquant fut plutôt quand un raffut d'enfer se fit entendre dans le couloir, et que rouge de colère, mon père débarqua dans ma chambre.
J'ai vite appris que finalement, c'est dans ces moments-là qu'on aimerait vraiment mourir.
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MessageSujet: Re: La légende de Gwendolyn   La légende de Gwendolyn Icon_minitimeJeu 26 Aoû 2010 - 16:00

Partie 3 : Apprentie.




-J'attends, Gwenny.

-Attend quoi ? Hé bien, attend longtemps alors, je ne vois pas ce que je dois faire. C'est ma première leçon, non d'un Chewgal édenté !

Je fixais Elyrim avec le regard le plus noir de tout mon répertoire. Et Ael sait que mon répertoire était long ! Mais le jeune homme ne bougeait pas du bord de la fontaine où il était assis, au milieu de la grande place. Pourquoi j'étais à la grande place de Lévitas ? Pour mon premier cours de Troubadour. D'ailleurs, ce fut certainement l'un des plus ennuyeux, dur et exaspérant que j'eus durant mon long apprentissage... Elyrim n'avait fait aucun effort pour me faire aimer mon métier. Peut-être était-il persuadé que j'aimais assez la musique pour ne pas désespérer. Peut-être qu'il n'avait pas tord. Ce qui est sûr c'est que ce cours fut aussi celui qui m'en a fait apprendre le plus car si je vous le conte, c'est que c'est à ce moment-là que mon don de troubadour s'éveilla. Après tout, mon « maitre » suivait l'une des plus grande loi de notre classe : Prend ce qu'on te donne, joue ce que l'on t'ordonne. Mais celle qu'Elyrim préférait ressemblait plutôt à : fais ce que tu peux mais fais le bien. Vous commencez à comprendre pourquoi ce cours m'a semblé dur ? Bien vu, il ne le semblait pas seulement, il l'était.


-Et bien pousse-moi la chansonnette ! Je veux que tu attires l'attention de tout le monde sur cette place. Tout le monde.

Je jetai un regard circulaire autour de moi. Combien il y avait-il de personnes présentes ? Cent ? Deux-cents ? Plus encore peut-être. Non, il y en avait forcément plus. Je serrai la flûte dans ma main, et sentis une colère sourde monter de plus en plus vite en moi. Elyrim était fou, il l'ait toujours à l'heure où j'écris, mais à l'époque c'était encore plus vrai. J'étais débutante, je n'avais jamais touché à une flûte, et je devais attirer l'attention de plusieurs centaines de personne. Un troubadour expérimenté trouverait cet exercice extrêmement simple, mais moi, à l'époque, c'était insurmontable. Je jetai de nouveau un regard à Elyrim, cherchant à savoir s'il rigolait mais le visage du troubadour restait inexpressif.


-Je ne peux pas.

-Si, tu peux. Mais tu ne veux pas, tu as peur de te ridiculiser. Si tu voulais, tu aurais au moins essayer. Là, tu ne veux pas.

-Elyrim ! Te rends-tu compte de ce que tu me fais faire ? On est sur la plus grande place de Levitas. Si je me fais remarquer ici … non de Cérune, mes parents vont me tuer. Je te rappelle que je suis censée être enfermée à triple tours, si ce n'est plus, dans ma chambre. Je le savais, je le savais que je n'aurais pas dû te suivre …

Alors que je commençais à déballer toutes mes lamentations, Elyrim commençait lui à se masser les tempes. Je ne sais pas pourquoi cela ne m'a pas alertée, mais j'ai continuer à parler de mes futurs ennuis. Il faut croire qu'à quinze ans, j'étais bien naïve de croire que mon maitre serait compréhensif … erreur de jeunesse je présume. Erreur de parcours aussi, ça coute souvent très cher.


-... et puis je ne sais pas jouer, les gens vont me sauter dessus pour me faire arrêter, et la prochaine fois, ils penseront quoi ? Je ne pourrai plus sortir dehors sans me ridicu...

-Gwendolyn, joue, sinon je te promet que je t'abandonne à ton triste sort. Je brise notre pacte de sang, je me trouve une autre apprentie qui ne me cassera pas les pieds. Je te laisse te débrouiller avec ton père, ta mère et moi je pars faire mon voyage que tu m'empêches de faire. Alors, maintenant, JOUE !

J'écarquillai les yeux, bêtement. Il faut dire que la simple idée qu'il parte me donnait des frissons, alors l'imaginer comme un futur proche me terrorisait. Et puis me retrouver en face de mes parents, et leur dire que mon maitre venait de m'abandonner … plutôt mourir ! Mes parents n'avaient toujours pas digéré que j'ai intégré la classe des troubadours. Ils en étaient mortifiés, et moi, j'étais tout simplement ravie, aux anges. J'aimais mes parents, mais je ne voulais pas qu'ils choisissent mon destin pour moi. C'était ma vie, mes décisions, mes erreurs. Alors si Elyrim partait … Je voyais déjà mon père dire « je t'avais prévenue Gwendolyn, que cet homme n'était pas convenable ! », et ma mère qui gémirait certainement « Mais qu'allons-nous faire maintenant ? La moitié de la ville doit être au courant de son échec ! ». Et moi, au milieu, qui n'aurais qu'une envie : quitter ma maison pour te bon, disparaître, ne plus jamais revenir. Même intégrer une guilde Shalos me semblerait plus enviable que de rester seule avec mes parents. Avec détermination mais maladresse, je pris la flûte blanche d'Elyrim entre mes doigts, essayant de les positionner comme je l'avais vu le faire. Comment cela marchait, une flûte ? C'était la question que je me posais à ce moment-là. Plutôt triste comme situation, il fallait le dire : être forcer de jouer d'un instrument, alors qu'on n'y connaissait rien. Je collais ma bouche contre l'extrémité adéquate de la flûte et inspiré.
Moment de vérité.
Je soufflais. Un son horrible sortit de l'instrument, et je sursautais. Une dizaine de personnes s'écartèrent de moi, me dévisageant comme ils le feraient avec une handicapée. Je sentis mes lèvres se pincer de colère. A ce moment précis, je haïssais Elyrim, plus fort que je n'avais haïs n'importe qui d'autre. Je l'entendis dire derrière-moi :


-Bien pour un premier essai. Moi-même, je n'avais pas eu le cran de souffler si fort la première fois ! Allez, réessaye. La première fois est toujours la plus dur.

-Tortionnaire, monstre ! Tu n'essayes même pas de m'expliquer les bases, tu restes là, à regarder ! Je te hais.

Je soufflais de nouveau dans la flûte, cette fois-ci en déplaçant mes doigts. Le son ressembla à un crissement de craie sur un tableau, mais une trentaine de personnes -peut-être plus- se tournèrent vers moi. Je leur lançais un regard provocateur. Le premier qui osait ouvrir la bouche, je trouvais le moyen de sortir la lame de la flûte, et je le charcutais. Au moins, ça éviterait que je tue mon Maitre, et ça me détendrait un peu. J'étais si énervée à ce moment, et je mis quelques minutes avant de retrouver un semblant de calme...
Elyrim descendit alors de son perchoir et s'avança jusqu'à moi. Il avait un pâle sourire, comme s'il s'excusait de m'infliger cela. C'est ce qui me sembla à ce moment-là, mais je me calmai. Il se mit derrière moi et posa ses mains sur les miennes. Dans un geste doux, il déplaça mes doigts sur des trous précis de la flûte et chuchota :


-C'est bon, arrête-toi là. Excuse-moi, mais il fallait que je te force à ne pas avoir peur. Si tu as peur de te ridiculiser, tu ne feras jamais une bonne troubadour. Il faut que tu oses, il faut que tu ressentes. N'ais pas peur, que peut-il t'arriver de si grave ? Je suis avec toi, je ne te quitte pas.

-Tu ne peux pas me quitter ? Et le pacte de sang, tu peux le briser ?

-Bien sûr que non, idiote. Si je t'ai pris toi, c'est que je n'en voulais pas une autre ! Et dans tous les cas, un pacte de sang, ça ne se brise pas. C'est pour la vie, un maitre et son apprentie.

On rigola un peu comme ça, jusqu'à ce que je me sente un peu plus décontractée. C'était vrai que je n'avais plus peur de souffler dans mon instrument. Après les sons horribles que j'avais fait, je ne pouvais pas faire pire. La fois d'après, Elyrim me fit souffler dans la flûte mais déplaça mes doigts à ma place. Le son n'était pas magnifique, mais il était beaucoup plus doux que tous ceux que j'aurais pu faire. Avec patience, il m'expliqua comment je devais déplacer mes doigts, où je devais les déplacer pour tel ou tel son, et surtout à quelle vitesse. Il me répétait sans cesse : « si tu ne ressens pas le son que tu fais, tes mélodies ne seront jamais jolies. Ecoute ton coeur, joue avec tes tripes, tes humeurs. Je veux savoir tout ce que tu ressens simplement en t'écoutant ! ». Et il m'avait de nouveau laissée seule à seule avec son instrument. A vrai dire, j'étais un peu troublée suite à son contact. Ce sentiment étrange, à chaque fois qu'il s'approchait de moi, ne m'avait pas quittée. Mais lui ne laissait rien paraître, alors je ne prêtais aucune attention à ces sentiments.
Puis j'ai réessayé, trois, quatre, cinq fois … je n'arrivais pas à jouer.
Au bout d'une heure, je craquais.


-Elyrim, tu vois bien que je n'y arrive pas … je dois rater quelque chose, quelque part, ce n'est pas normal. Peut-être ne suis-je pas faite pour être troubadour. Peut-être t'es-tu trompé … Oh Elyrim, je veux tellement y arriver !

Il descendit de nouveau de la fontaine, s'approcha de moi, et resta là, devant moi. Il tendit la main, et avec résignation, je lui rendis son instrument. Pourquoi fallait-il que je sois incapable de produire une mélodie ? Pourquoi ne pouvais-je pas réussir à le satisfaire ?
Me frôlant le bras pour me réconforter, il se plaça près de moi et prit une position étrange. Je m'écartais prudemment, je ne comprenais pas ce qu'il faisait. Puis Elyrim commença à jouer, et là, je perdis complètement pied. Je me sentis de nouveau transportée dans ce monde imaginaire, en écoutant sa mélodie, en l'écoutant jouer. Plus rien d'autre ne comptait que lui, et lui seul. Je remarquais au bout d'un moment qu'il bougeait, sautait, bondissait … C'est là que je fis le rapprochement avec la lame. Il pouvait attaquer n'importe qui, du moment que cette personne l'écoutait. N'importe qui deviendrait une proie facile si par malheur elle entendait sa mélodie. Quoi que l'on fasse à ce moment, on s'arrête, et on écoute. Quoi que l'on fasse, dans un combat, on s'arrête et on meurt. C'était terrible, mortel. Fascinant.
Quand il s'arrêta, je secouai la tête pour me remettre les idées en place. Un coup d'oeil autour de moi m'appris qu'une bonne partie de la place s'était arrêtée pour l'écouter. L'autre n'avait fait que ralentir.


-Réessaye Partenaire, tu vas y arriver. Je ne me suis pas trompée, Gwenny, tu es faite pour ça. Je suis sûre que maintenant, tu y arriveras mieux.

Je repris l'instrument et bafouillai mes craintes. A quoi bon ? J'allais recommencer mes erreurs. En quoi l'écouter jouer m'aiderait ? La flûte dans les mains, j'observais les motifs dessus... mon doigt suivit les contours des dessins de végétaux, rêveusement. J'aimais bien cette flûte, elle était belle, elle m'inspirait la bonne humeur. Elle me faisait irrémédiablement penser à Elyrim. Je la fis tourner dans mes mains, la regardant sous toutes ses coutures. Personne n'intervint, ni les passants déboussolés, ni mon maitre. Pourtant celui-ci devait penser que je gagnais du temps … mais il était muni d'une patience infinie.


-Je dois chercher dans mon esprit … mais où ? Où dois-je trouver le coeur de la mélodie ? Où dois-je trouver le fruit de mon enchantement ? murmurai-je

Je ne fis plus attention à rien d'autre qu'à la flûte et à mon coeur. Contrairement aux autres fois, j'oubliais qu'il y avait des personnes autour de moi, je n'avais plus peur de me ridiculiser. J'appris, à ce moment-là, que le public n'avait aucune importance. Ils pouvaient être trois, cent, ou trois-cents, le résultat serait le même : je jouerais. Cela pouvait être la population de la plus grande place de Lévitas, mes parents, les clients souls d'une auberge ou des combattants, le résultat serait le même : j'enchanterai.


-Le résultat sera le même … chuchotai-je

Je pris l'emboue de la flûte entre mes lèvres et je fermai les yeux. Je me mis en quête de mon coeur, de mes souvenirs, je me mis en quête de la mélodie qu'Elyrim m'avait jouée la première fois. Où était-elle, où était-elle ? Je ne le sais toujours pas aujourd'hui. Je ne la trouve jamais, c'est elle qui me trouve : elle vient à moi, comme le maitre et son animal. J'étais le maitre, et mon don était l'animal, indomptable, ne faisant ni vraiment partie de moi, ni vraiment parti de ce qui m'entoure. Il n'y a pas de mots pour décrire mon don de troubadour, mais il est là, en moi et autour de moi. Il est tout et rien. J'ai toujours pensé que le don des troubadours, le fruit de leur instrument, était la plus belle chose qu'Ael ait créé. Aucune autre classe ne peut se comparer à cela.
J'ai fermé les yeux, oui. J'ai cherché la mélodie dans mon esprit, oui. Elle m'a trouvée, c'est un fait. Mais ce qui se produisit après, je ne l'avais pas prévu.
La mélodie m'enveloppa avec plus de force que je le cru possible. La réaction à la mélodie d'Elyrim semblait une promenade de santé à côté, alors que je me sentais littéralement transpercée par la mélodie de la première fois.
Je ne me souviens pas si j'ai soufflé dans la flûte, je ne me souviens pas si j'ai joué. Tout ce que je sais, c'est que j'étais dans mon monde imaginaire, et que dans mon esprit, je dansais. Je dansais comme les danseuses des cultes d'Ael, recouverte de voiles diaphanes et ondulant comme le vent sur les terres Levitis. Mes cheveux volaient comme une multitude de flammes indépendantes, mues d'une vie propre, et mes yeux d'un vert émeraude brillaient plus chaleureusement que jamais. Je me reconnaissais à peine, mais j'aimais cette Gwendolyn. Je compris que bien plus tard que j'étais réellement cette jeune fille, que celle-ci était l'image que je donnais à mon don : sauvage, gracieuse, magnifique. Je me regardais danser dans les cultes d'Ael durant une durée indéterminée... dans cette mélodie, je me sentais si heureuse de vivre, si heureuse d'avoir trouver ma voie. Si heureuse de tenir cette flûte, image même de la nature, dans les mains. Heureuse d'être enfin complète, d'être moi, d'être Apprentie.
D'être une troubadour.
Puis une main me tira de ma torpeur. J'eus l'impression de tomber de haut, de tomber de mon monde, et lorsque je revins au monde normal je me sentis tomber. En réalité, je tombai dans les bras d'Elyrim, qui me fixait avec des yeux pétillant d'excitation. Excitation ? Je secouai la tête et me redressai péniblement... Tous mes muscles étaient crispés. J'avais l'impression d'avoir couru avec un Moo en colère derrière moi. En fait, quand je regardais autour de moi, le choque fut tellement fort que le Moo aurait pu m'écraser : ça aurait donné le même résultat.

-Mais.. que.. qu'est-ce qui s'est passé ? Elyrim, qu'Ael me vienne en aide, qu'est-ce que j'ai fait ?

-Rien, tu viens seulement de me prouver que tu es bel et bien une troubadour. Et pas des moindres !

Autour de nous, les centaines de personnes de la place étaient au sol. Tous. Et d'après les ronflements tonitruants que j'entendais, ils dormaient comme des bébés.
J'avais réussi à jouer la mélodie d'Elyrim à la perfection.


**

Horreur et damnation.
Je contemplais la robe aux couleurs criardes allant du rouge vif au vert pomme dans le miroir. La robe que, malheureusement, je portais. Elle était taillée bizarrement, plutôt courte, sans manche mais avec beaucoup de voiles. Il y avait plusieurs couches de vêtements qui se soulevaient quand je bougeais. Je jetais un regard dubitatif à Elyrim, qui me contemplait derrière-moi. Il avait prit un air songeur, comme s'il réfléchissait profondément. Ce que je savais qu'il était totalement incapable de faire. Je finis par prendre une grande inspiration, expirer, et recommencer l'opération avant de parler :


-J'espère que tu rigoles Elyrim. Je ne porterai jamais cette robe. J'ai l'impression de retracer l'histoire de la voratica : si avant j'avais le moindre pouvoir de séduction, tu peux être sûr que maintenant, je fais carrément peur.

-T'exagères ! Tu es très bien là-dedans, tu ressembles à une vrai Troubadour.

-Ah, si j'avais su que pour faire ce métier il fallait porter ça, j'aurais réfléchi avant de devenir apprentie ! Quelle horreur. Même les robes à dentelles de ma mère ne sont pas si moches.

-Allez-va, tu t'en confectionneras une toi-même quand tu ne seras plus mon apprentie. En attendant, j'aime bien cette robe, on la prend ! Et si tu restes sage et que tu la portes, j'ai une surprise pour toi après. On va aller dans un endroit qui va te plaire.

Cela faisait maintenant une demi-année que j'avais commencé mon apprentissage, et Elyrim me racontait que je progressais plus vite que la moyenne. Je ne sais pas si c'est vrai, ou s'il me disait seulement cela pour me flatter, mais j'appréciais. Une demi-année … il me semblait encore que la veille, je venais de commencer. Pourtant il ne faisait aucun doute que je m'étais beaucoup améliorée : je ne faisais plus de fausses notes, et je contrôlais mon don. Et ce n'était pas une mince affaire, de contrôler son don. La première fois, je m'étais fait submergée par la mélodie et avait laissé celle-ci faire ce que bon lui semblait. Mais pour pouvoir modeler son chant -et surtout ne pas entrer en transe pour se faire bêtement tuer-, il faut résister à son envie de fermer les yeux et de se laisser aller. Il faut rester « consciente » pour manier sa flûte, même si la puissance de la mélodie en est affaiblie -impossible d'envoyer aux pays des songes des centaines de personnes (et encore faut-il que celles-ci soient très serrées pour que tout le monde entende la mélodie) si on n'entre pas en transe. Mais aujourd'hui, c'était une autre histoire … Elyrim avait décidé qu'il était temps que j'ai mes « popres accessoires ». La robe en faisait partie. Avec une dernière grimace dans le miroir, je tournais sur moi-même. Le seul bon côté que je devais accorder à ce vêtement, c'est qu'il ne me gênait absolument pas. Si je ne sentais pas le tissu léger sur ma peau, je me penserais nue, ce qui serait plutôt dérangeant... mais dans mon cas, cela m'arrangeait. A notre grand étonnement, Elyrim et moi avons dû venir à la conclusion que je ne pouvais pas jouer d'un instrument sans danser. Vraiment danser, pas seulement faire des sauts et des pirouettes comme mon maitre, mais reproduire des pas de danses : comme les danseuses des cultes d'Ael. Elyrim avait tenté de me rassurer en me disant que cela arrivait parfois chez les troubadours, et que cela voulait seulement dire que j'aimais profondément la musique. Au point de me laisser littéralement entrainée par celle-ci, même en état « conscient » et de dépenser toute mon énergie en virevoltant au gré de la mélodie. Avec un soupir de résignation, je me dirigeais vers le paravent. Elyrim me héla :


-Qu'est-ce que tu fais Gwenny ? Ah non non, tu gardes cette robe sur toi ! A partir de maintenant, tu sortiras avec. En tout cas, à chaque fois que tu serras avec moi.

Je lui jetai un regard désemparé. L'idée même de devoir supporter cette chose sur moi pendant des jours me mettait hors-de-moi.

-C'est hors de question que je porte cette laideur ! Les gens vont me prendre pour une mendiante.

Elyrim m'ignora, négociant le prix avec le vendeur. Vexée et blessée dans mon orgueil, je m'emparai de mon manteau et sortis du magasin. On était dans l'un des mois les plus froids de l'année, et je m'en félicitais : ma robe était recouverte par mon long manteau de fourrures, personne ne pouvait la voir. Je décidai de m'enfoncer plus loin dans la rue, supposant qu'en avançant tout droit Elyrim finirait par me retrouver.
Frigorifiée, de la buée se formant devant mon visage, je ne fis pas attention à ce qui m'entourait durant un long moment. J'avançais lentement, regardant les traces de pieds dans la glace qui s'était formée sur le sol. Lévitas étant très en hauteur, la saison froide y était particulièrement glaciale... pour les étrangers, s'en était insupportable. Le commerce ralentissait donc en cette période, et la plupart des personnes qu'on croisait dans les rues étaient des Levitis. Et autant dire que peu de personnes se trouvaient dans les rues. C'est peut-être pour cela que mon regard fut attiré par une vitrine dans la rue. Une vitrine très colorée, que je n'avais encore jamais remarqué avant. Après une courte réflexion, je me rendis compte que je n'étais peut-être jamais venu dans cette rue précisément, et n'avais donc jamais vu ce magasin. Le souffle court, je regardais l'intérieur … une multitude d'instrument en tout genre. Fascinée, je restais là à regarder sans bouger, jusqu'au moment où on me parla.


-Vous ne rentrez pas, M'dmoiselle ? Vous allez vous transformer en glaçon !

Je me retournais pour voir un homme plutôt petite, légèrement enrobé qui me regardait avec bonne humeur. Il portait dans ses mains deux grosses caisses d'instruments qui semblaient peser plus lourds que lui.

-Oh, laissez-moi vous aider alors.

Je m'emparai d'une des caisses et rentrai à l'intérieur. Il faisait bien meilleur dans le petit magasin, et je reconnus tout de suite l'odeur de vernis qu'Elyrim utilisait pour sa flûte. Je me sentis très vite à l'aise, chez moi.
Jusqu'au moment où Elyrim rentra, sautant d'une jambe sur l'autre et se frottant les mains pour se réchauffer. Quand il m'aperçut, son visage se décomposa :


-Gwendolyn ! Je t'ai cherchée partout. Tu me refais un coup pareil, je te joue un air, et je t'assure que celui-là, tu vas t'en souvenir toute ta vie. Enfin j'ai de la chance que tu sois rentrer dans ce magasin, un jolie coup du destin... He, Maurice, ça va ? Le commerce marche bien ? Dit-il en donnant une tape dans le dos de « Maurice », le petit bonhomme enrobé.

-Elyrim ! Ne me dis pas que tu as encore entaillé ta flûte, sinon c'est moi qui vais te jouer un air... à moins que tu viennes pour .. la p'tite demoiselle là.. ça serait pas..

-Mon apprentie, bien sûr. Gwendolyn, voici Maurice, meilleur fournisseur d'instruments de toute la région. Et Maurice, voici Gwendolyn, apprentie troubadour depuis une demi-année. Me fais pas cette tête, j'ai encore mieux : une troubadour danseuse.

A voir la tête de Maurice, Elyrim venait de lui apprendre que j'étais la fille légitime d'Ael. Et avant que j'ai bougé le petit doigt, le fournisseur s'approcha de moi, me mit sur mes pieds et me retira mon manteau. Je poussai un cri d'indignation, m'apprêtant à lui donner une gifle magistrale quand il siffla et sortit toute une série de grossièretés colorées. Ce n'était pas moi qu'il regardait, ni mes attribues féminins, mais ma robe à voiles... Déconcertée, je laissais ma main en suspens, alors qu'Elyrim se tordait de rire à l'autre bout du magasin.


-Gwendolyn, calme-toi ! Baisse cette main. C'est pas un Zoricus, à ce que je sache, il va pas te détrousser. Il vérifiait juste que tu portais bien une robe de danseuse troubadour … Tu sais, tous ces voiles là, avec les couches de tissus, c'est pas pour rien que c'est là. Toutes les robes n'ont pas ça et..

Je lui coupai la parole :


-Je n'y comprend rien Elyrim ! Je sais que je ne peux pas m'empêcher de danser quand je joue, m'exclamai-je alors que Maurice sifflait de nouveau, mais en quoi est-ce si étrange ? Tu m'as dis que ce n'était pas grave, que cela arrivait. Tu m'as mentie, je ..

Et Maurice me coupa la parole :

-Mais es-tu inconsciente ? Elyrim, tu aurais pu lui dire quand même ! La pauvre. C'est loin, très loin d'être grave que tu danses. Justement, c'est même une bénédiction. Laisse-moi t'expliquer … Tu es d'accord que tout le pouvoir d'un troubadour réside dans son chant ? Il suffit donc à l'ennemi de ne pas entendre la mélodie pour ne pas être infecté. Mais ce même ennemi se retrouvera coincé avec toi ! Une troubadour danseuse -ou un troubadour danseur- ensorcelle en parti son ennemi par la vision. Tu danses en suivant ta mélodie, donc indirectement, on ressent ta mélodie en te regardant danser. Un ennemi qui aurait le malheur de te regarder une fraction de seconde en train de danser se retrouvera en parti sous le coup de ta mélodie. Bien sûr, c'est moins puissant que s'il entend le chant, mais ça peut aussi faire très mal … De plus, si l'ennemi ou l'ami te regarde ET t'écoute, les deux cumulés rendent ta mélodie bien plus puissante. Tu comprends ? Je connais très peu de troubadour danseurs, car il faut avoir le rythme dans la peau pour suivre sa mélodie. Il faut que je te regarde jouer, il paraît que c'est incroyable, débita Maurice.

Elyrim gloussait encore dans son coin, alors que j'étais totalement sceptique, et Maurice était sincèrement excité. Non de la sainte Reine et de tous ses conseillers, c'était quoi que cette histoire ? A vrai dire, j'étais lasse … lasse de découvrir à chaque fois que je suis encore pire que ce que je croyais. Maintenant, je ne me contentai plus d'être seulement une troubadour, il fallait que je sois une sous-catégorie spéciale. Danseuse. En plus, c'était ridicule.


-Bon, allez, assez rigolé Maurice. Tu sais pourquoi je suis venue, dit Elyrim en essuyant ses quelques dernières larmes de rires.

-Pour sûr que je sais ! Allez, hop, viens avec moi Gwendolyn.

Maurice m'attrapa la main et commença à me trainer vers le fond du magasin. Je finis par me laisser faire, à quoi bon ? On ne me demandait jamais mon avis, de toute manière. Le fournisseur souleva une draperie pour dévoiler une porte cachée. Classique, voyons.
A force qu'on me surprenne, je n'étais même pas sûre d'être étonnée en voyant la salle derrière. Des dizaines et des dizaines d'étagères où reposaient des centaines et des centaines d'instruments. Bien plus d'instruments que dans la salle précédente. Des violons, des triangles, des castagnettes, des instruments en cuivre … et moi on me trainait au milieu sans ménagement.


-Dis-moi Gwendolyn, quel est ta mélodie de prédilection ?

-Euh … La première que j'ai entendu ? Et bien euh... une berceuse. Une berceuse qui se base sur les cultes d'Ael, et la joie de vivre. C'est très chaleureux, doux. Il y a souvent du feu aussi, quand j'y pense, de la même couleur que mes cheveux. C'est ce que vous demandiez ?

-Ouais ouais. Du feu tu dis, pas du vent ? Et tu es Levitis ? Bah, ça m'étonne pas, avec les cheveux que tu as .. tu dois avoir du sang Fédorien quelque part.

Je fis la moue, de nouveau, quand il me fit remarquer mes origines. J'aurais tellement aimé n'avoir que du sang Lévitis, mais je me dis souvent que je n'aurais pas un tempérament si fort sans ce pourcentage de Fédorien. Elyrim nous suivait calmement derrière, certainement habitué à l'endroit. A force de regarder toutes ces étagères, je sentis de l'excitation monter en moi. Je n'osais espérer .. et pourtant. Pourtant je voulais croire qu'on allait me créer une flûte.
Soudain, au détour d'une étagère, apparue une nouvelle porte. Ce magasin ne pouvait pas être si grand … mais nous arrivâmes dans une autre salle, bien plus petite. En contrepartie, il n'y avait que des instruments à vent à l'intérieur. Je restais coite pendant plusieurs secondes, jusqu'à ce qu'Elyrim me donne une tape dans le dos pour me faire avancer.


-Choisis, prends n'importe laquelle. Celle qui te conviendra.

Bien que je sois outrée du manque de formalité de l'occasion, je ne me fis pas prier. Je commençais à soulever des flûtes, à regarder leurs motifs, leurs détails. Je les pesais, car elle devait être ni trop lourde, ni trop légère. Je les essayais, car leur son devait couler en moi, se mélanger avec la mélodie au fond de moi. Je regardais aussi leurs particularités : si la flûte d'Elyrim avait une lame, d'autre avait tout un tas de crochets, j'en trouvais même une à fléchette. Il y en avait de toutes les couleurs, toutes les formes.
Puis je la vis, elle.
Ma flûte.
Dans un geste précipité, je retirai toutes les autres flûtes qui la cachaient. Elle était d'un bois rouge, aussi rouge que du feu ! Le vernis qui la recouvrait lui donnait des reflets orangés... Elle flamboyait à mes yeux. Elle me ressemblait.


-Non d'un Chewgal édenté, mais qu'est-ce qu'elle fait là ! Gwendolyn, repose-la, elle n'avait rien à faire ici, cette flûte, s'exclama Maurice, tendant les mains pour me la prendre.

Je fis un geste de recule, serrant la flûte contre moi. Pendant plusieurs secondes Maurice et moi nous nous affrontâmes du regard. Je ne voulais pas rendre ma flûte, et lui, ne voulait pas me la donner. Je ne savais pas encore pourquoi, mais la raison m'était bien égale. Je voulais cette flûte, et pas une autre .. elle était pour moi. Je sentais qu'elle me convenait mieux qu'à n'importe qui d'autre. Elle me convenait encore mieux que celle d'Elyrim.


-Maurice, elle l'a trouvée, tu ne peux pas la lui reprendre. Regarde son regard. Elle n'abandonnera pas tant qu'elle ne lui appartiendra pas … Veux-tu vraiment débuter un duel de troubadours ? Dans ce genre de combat, il y a des toujours des blessés collatéraux, ça ne serait pas bon pour ton magasin, gronda Elyrim en se plaçant entre nous.

-Non de non, je ne céderais pas encore l'une de mes flûtes ancestrales. Tu sais qu'elles sont très rares, elles sont si anciennes que chaque année plusieurs disparaissent. Et je t'en ai déjà cédé une il y a très longtemps Elyrim.. ta flûte. Une flûte ancestrale du vent.

Maurice fit un pas vers moi, essayant d'écarter Elyrim de son chemin. Par réflexe, je positionnais la flûte, prête à jouer. Elle suivait parfaitement le contour de mes lèvres... c'était incroyable. Le fournisseur recula, comprenant la menace. Les termes que le petit homme avait employé tournaient dans mon esprit : flûte ancestrale. Il ne fallait pas être devin pour savoir que la mienne appartenait au feu .. comme les Fédorien. Cela voulait-il dire que j'étais plus Fédorienne que Levitis ? Pour moi, la question ne se posait pas. J'étais ce que j'étais, avec mes origines. Poussée par je ne sais quel instinct, je soufflais dans la flûte... Un son étrange en sorti, magnifique, il ondulait comme des flammes. Je sentis un frisson me monter des pieds à la tête.

-Je suis prête à y mettre le prix Maurice, tout ce que tu veux. Mais cette flûte … j'en ai besoin. Sans elle je me sentirai incomplète dorénavant. Tu dois comprendre, j'en suis sûre. Tu as menacer Elyrim tout à l'heure de lui jouer un air.. tu es donc aussi un troubadour. Tu dois comprendre ! Dis-je, la voix tremblante.

-Je ne fais pas payer son instrument à un troubadour... sinon comment pourrait-il en devenir un, s'il n'a pas d'argent ? Non, je donne sa chance à tout le monde. Je ne vends les instruments qu'aux amoureux de la musique qui n'en font pas leur métier. Mais je ne céderai pas cette flûte à n'importe qui … Gwendolyn, si je te cède cet instrument, c'est à une condition. Il faut que tu me promettes quelque chose. Je pressens que tu es capable de tenir cette promesse.

-Ne joue pas l'imbécile Maurice, tu ne vas pas faire promettre quelque chose à une enfant de quinze ans. C'est encore plus ridicule qu'un duel … souffla Elyrim.

L'atmosphère était pesante. J'avais l'impression de ne pas pouvoir respirer dans la salle confinée. Une promesse... encore une. Je serrais la flûte contre moi. Une promesse pour elle, pour mon instrument, pour l'objet que je chérirai certainement le plus tout au long de ma vie.
Le regard de Maurice était froid, sérieux, transperçant.
Soudain un large sourire fendit son visage :


-Deviens une grande troubadour Gwendolyn, que tout le monde te connaisse et chante ta légende. Je veux entendre jouer des mélodies à ton image ! Et surtout, que tout le monde sache que ta flûte a été acheté ici, chez moi. Je te fais confiance.

Elyrim se frappa le front avant de soupirer d'exapération. Maurice rigola de bon coeur, alors que je retrouvai petit à petit des couleurs.
Devenir une grande troubadour.
Je levai ma flûte vers le ciel, et m'exclamai :


-Moi, Gwendolyn Tinuv'iel jure qu'un jour, on chantera ma légende sur tous les grands chemins. Prenez garde bandits en tout genre, une femme libre vient tenir sa promesse !


Dernière édition par Gwendolyn le Mer 1 Sep 2010 - 18:19, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: La légende de Gwendolyn   La légende de Gwendolyn Icon_minitimeVen 27 Aoû 2010 - 22:13

Chapitre 4 : le départ.




Un cri, un crissement de métal, je sursautai. J'étais en sueur, le coeur battant à tout rompre, et je ne voyais rien. Je ne voyais rien parce qu'il faisait nuit, et que j'étais au milieu d'une forêt. Je ne voyais rien parce que mon ennemi se cachait, jouait avec moi.
Je ne voyais rien parce que nous n'étions plus en ville, et que cela m'inquiétait.
Je mis ma flûte au bord de mes lèvres, prête à jouer, prête à blesser. Mais je savais que c'était inutile : je ne pouvais pas danser dans ce milieu. Voilà comment ont tué une troubadour danseuse. On la trainait dans une forêt, là elle ne pouvait pas jouer sans danser, et ne pouvait pas danser sans se briser une cheville sur des racines. La lame de ma flûte était sortie, couleur de sang, comme mon instrument. Je n'avais blessé personne pourtant, c'était seulement la couleur naturelle de la lame. Je ne pus m'empêcher de penser que bientôt, on la confondrait avec la couleur de mon propre flue vital. Non, non, pourquoi tant d'inquiétudes ? Je n'allais pas mourir. Je devais rester calme.
Un nouveau crissement de métal, je sursautai. Il jouait avec moi, faisait glisser sa propre lame contre la mienne. Il me déconcentrait. Je devais me concentrer … Je devais rester attentive aux sons. J'étais une troubadour, j'avais une ouïe plus développée que beaucoup de mes ennemis. Une ouïe développait par la musique.
Concentrée, concentrée... je n'entendais que le son de ma respiration.
Non, pas que la mienne. Crissement entre les lames. Un combattant piégé, la lame sous le cou, la pointe prête à transpercer la carotide. Et j'étais du bon côté de l'instrument.


-C'est bon Gwenny, calme-toi ! Tu m'as eu. Et dans l'immédiat, j'aimerai bien rester en vie, de préférence.

Je voyais le blanc des yeux d'Elyrim brillait dans la nuit. Je lâchais la respiration que j'avais retenu pendant l'attaque et me détendis. Mon maitre poussa ma lame du bout du doigt, l'écartant prudemment de sa gorge. Je reculai d'un pas avant de souffler :


-Désolée Elyrim, mais tu ne sais pas à quel point cela m'angoisse les forêts maintenant. Maintenant qu'elles sont mon point faible.

-C'est bien pour ça que je t'entraine dedans. Mais non de la Reine Ael, tes yeux me feront bientôt plus peurs que ceux d'un Grobul ! J'ai bien cru que t'allais me tuer cette fois-ci.

Je rigolais, d'un rire anxieux. Elyrim prit alors conscience du niveau de stress dans lequel j'étais, et me prit la main pour sortir de la forêt. Je sentis des vagues de chaleurs remonter de ma main, celle qu'il tenait. Une zone qui me brûlait, à chaque fois qu'il me touchait. Ne la ressentait-il pas, cette brûlure ? Ne la ressentait-il pas, cette puissante affection que je lui portais ? Ne ressentait-il donc rien pour moi ? Mon coeur se contracta douloureusement, et ma gorge se serra terriblement. Inconscient de mon malaise, Elyrim parla :


-Gwendolyn, j'ai quelque chose à te dire …

Non. Quoi, comment ? Avait-il pu comprendre à quoi je pensais ? Etait-il possible que lui aussi ressente ces choses ? Je me sentis espérer. Non, je m'entendis espérer. J'avais l'impression de crier ce que je voulais entendre, crier les deux mots, les trois syllabes qui étaient décisifs. Dis-le, dis-le !


-Quoi, qu'est-ce qu'il y a ? Que dois-tu me dire ?

-Gwenny... J'ai assez retardé mon voyage. Si je reste plus longtemps ici, je vais finir par m'enraciner. Je suis déjà resté les trois quart d'une année pour toi. Beaucoup plus que ce que j'avais prévu au départ... j'avais peut-être peur de partir. Mais maintenant que tu t'en sors mieux que moi en forêt, que je te pense prête..

Je tirai d'un coup sec sur sa main. Ce n'étaient pas les mots que je voulais entendre. Ce n'étaient même pas des mots que j'aurais voulu entendre un jour. On s'arrêta, sans lâcher nos mains, mais mon regard était brûlant de colère. Il partait, comme ça. Comment osait-il m'annoncer cela de cette manière ? Comment pouvait-il …


-Elyrim, je … tu... Mais où as-tu la tête ?! Si... Je n'ai pas fini mon apprentissage ! Tu as encore des choses à m'apprendre, tu ne peux pas partir. Je t'en empêcherai. Tu m'as dis et redis qu'un maitre et son apprentie, c'est pour la vie. Tu m'as dis que tu ne m'abandonnerais pas ! Lâche, traitre, tu ne tiens même pas tes paroles... Sois un homme, respect ce que tu as dis, je ne veux pas que tu me laisses, éclatai-je, alors qu'un sourire fleurissait sur les lèvres du jeune homme.

-C'est bon, c'est tout ce que je voulais entendre, susurra-t-il doucement.

-Quoi ? Entendre quoi ?

-Tu ne veux pas que je te laisse ? D'accord, je t'emmène. Tu as jusqu'à demain soir pour dire adieux à tes parents, et on part. Ah, et surtout, n'oublie pas qu'un troubadour voyage aussi léger que le vent. A demain partenaire.

Je restais coite, alors qu'il lâchait ma main et commençait à s'éloigner. Il me fit un signe de la main auquel je ne répondis pas. J'étais paralysée.
Il m'emmenait. On partait.
J'allais quitter Levitas pour la première fois de ma vie.


**

Le ciel était gris, on sentait à la texture de l'air qu'il allait bientôt y avoir un orage. La saison froide venait tout juste de finir, et le climat instable de Levitas créait déjà une atmosphère lourde de chaleur. De quoi vous rendre malade.
Mais moi, à ce moment-là, j'en souriais. Tendrement. J'observais les immenses, gigantesques, tours de la ville avec admiration. Je longeais du regard les passerelles qui reliés les bâtiments. Je me souvenais avoir descendu tel ou tel escalier d'extérieur, avoir escaladé telle ou telle tour. J'avais tant de souvenirs dans cette ville, cette ville qui resterait la plus belle jamais construite dans notre monde. Qu'Ael soit bénie d'avoir un jour décidée de la créer, et de la faire voler dans les airs. J'étais heureuse d'avoir eu la chance d'y vivre, heureuse d'y avoir grandi.
Mais il était déjà temps pour moi de prendre mon envol.
Je fis se détourner mon cheval, retournant vers Elyrim qui terminait d'attacher des sacs sur son cheval. Nous nous trouvions à l'un des trois piliers de Levitas, qui servaient de point de ralliement pour « descendre » du pays. J'étais déjà venue une ou deux fois quand j'étais petite, par curiosité, mais pas plus puisque que mon père considérait ce lieu comme « peu fréquentable ». Tous les marchants, toutes les caravanes, tous les migrants venaient par ces piliers. Mais si mon père m'interdisait de venir, c'est surtout que cet endroit était bruyant et dangereux : les accroches entre les marchants étaient perpétuelles, souvent une caravane se retrouvait coincée au milieu du flue constant de migrants, sans parler des combats qui se déclenchaient et les disputes qui éclataient entre des compagnons de voyages. Maintenant que j'y retournais, plusieurs années plus tard, les souvenirs que j'en avais ne me semblaient plus aussi exagérés que cela. Elyrim me jeta un coup d'oeil avant d'achever les derniers préparatifs.


-Elyrim, c'est toujours ainsi ? Tous ces marchants, ces migrants .. c'est toujours ainsi partout où l'on va ? Pourquoi tant de personnes prennent la route ?

-Premièrement, non, ce n'est pas comme cela partout. Levitas est la grande championne pour le trafic et l'immigration. Et deuxième, pourquoi pars-tu sur les routes ? En grande partie parce que c'est ton métier, de l'autre parce que tu n'as pas envie de rester au même endroit toute ta vie avec les mêmes décors, les même personnes, répondit-il en tirant fortement sur une sangle.

- Il y a-t-il beaucoup de troubadours sur les routes ? Allons-nous en rencontrer d'autre dans les auberges ? Jouons-nous souvent ? C'est comme cela que nous allons gagner de l'argent, d'après ce que j'ai compris.

Il fallait le dire, à l'époque, j'étais plutôt ignorante. Mais Elyrim répondait toujours inlassablement à mes questions, du mieux qu'il pouvait, sans protester. Je ne l'appréciais qu'un peu plus pour cela, et mes sentiments à son égards devinrent de plus en plus ambiguës. D'un côté il était un frère, d'un autre, un maitre, et enfin, l'homme qui vivait dans mes rêves. Je devais souvent m'empêcher de rougir en le regardant, simplement en pensant un peu trop fort à lui. C'était … gênant. Mais quelque part, je ne supportais plus cette situation : ne pas savoir ce que lui, il ressentait. Ne pas savoir ce qu'il pensait de moi, ce qu'il ressentait pour moi.
A cause de cela, notre départ était déjà voué à l'échec. Je ne le sus que lorsqu'il fut trop tard...
A vrai dire, c'est ici que s'achève la période d'apprentissage de ma vie. Ce que je vais vous raconter maintenant est une autre partie de ma vie, plus triste, plus douloureuse. Une partie de ma vie qui n'est pas si lointaine que ça, qui ne date que de quelques mois. Quelques mois … Ma blessure n'est toujours pas cicatrisée. Elle guérira, je le sais, quand j'aurais accepté ce qui s'est passé ce soir-là. Mais pour l'instant, je n'y arrive pas … Alors je me contenterai de vous le raconter, avec toute la douleur que cela me cause. A ce jour, j'ai débuté ma dix-septième année d'existence, et cela faisait plus d'un an qu'Elyrim et moi avions quitté Levitas.
Les faits que je vais vous compter eux, se sont passés il y a trois mois... une soirée pour ruiner une existence.

**

Tatap Tatap Tatap …
Les pas lents de mon cheval sur le pavé de la route me maintenaient à peine éveillée. Au loin, le soleil se couchait déjà. Et j'étais si fatiguée, au point que mes paupières se fermaient régulièrement pour ne se rouvrir que plusieurs minutes plus tard. L'idée que nous n'allions encore dormir que quelques heures cette nuit, réveillés par le soleil levant, n'enchantait pas mon humeur. J'étais si fatiguée...
Une main se posa sur la mienne, chaude, contrairement à moi. Pourtant, il était normal d'avoir chaud, car la saison y était pour beaucoup. Mais moi, j'avais froid. Je sentis une jambe frôler la mienne, et une main se poser sur mon front. Une voix douce brisa le silence, apaisant étrangement mon coeur.


-Ton état n'est pas normal Gwenny, on va s'arrêter. Tu m'entends ?

-Non Elyrim, on avait dis pas d'arrêt avant deux jours … Sinon on ne sera jamais à Lévitas à temps. On avait dit à mes parents qu'on y serait pour mes dix-sept ans. On s'est à peine éloigné de Medievir. Levitas est à l'opposé .. Nous n'avons pas le temps... pour un arrêt.

-Ne sois pas idiote Gwenny. Tes parents te veulent vivante, pas à moitié morte. Il y a une auberge pas loin, on va s'arrêter là.

Je n'avais pas insisté plus que cela. J'étais bien trop fatiguée pour espérer polémiquer avec Elyrim. D'après moi, nous atteignîmes l'auberge que quelques minutes plus tard même si cela avait dû durer bien plus longtemps que cela. Elyrim m'avait portée jusqu'à l'intérieur de l'auberge, épuisée comme j'étais. Il prit une chambre pour deux, et la population fédorienne de voyage aux bars ne nous gêna pas quand il me déposa dans l'un des deux lits. Comme une grande partie de cette nuit, toute cette période de la soirée me sembla très floue, et je pense que la nuit venait à peine de se coucher que je dormais déjà.
Sauf que je savais pourquoi j'étais si épuisée : des cauchemars. Je n'en avais pas parlé à Elyrim, sachant qu'il ne pourrait absolument rien faire pour moi. Jouer de la flûte ? Ce n'était pas le genre de maladie qu'elle pouvait guérir. Généralement ces rêves parlaient de la mort de personnes proches, ou de la mienne, parfois je voyais des sortes de démons ou dans un style totalement différent, je me voyais chuter dans le néant sans jamais croiser ne serait-ce que le sol. Chaque rêve était innovent, mais ils avaient souvent un point commun : je voyais Elyrim. Ils hantaient chacune de mes nuits depuis plusieurs semaines, et si parfois j'arrivais à dormir toute la nuit, d'autres fois non. Cette nuit-là, malgré mon niveau excessif d'épuisement, fit partie de la deuxième catégorie.
Au milieu de la nuit, je me suis réveillée en sursaut, ruisselante de sueur. J'étais restée à haleter dans mon lit, impuissante à calmer les battements frénétiques de mon coeur. Et je mourrai de froid, même avec les couvertures. Cherchant désespérément de la chaleur, je me décidai à me lever pour marcher dehors .. l'atmosphère étouffante de cette soirée aurait dû avoir raison de mon froid. Comme à mon habitude, j'avais enfilé ma robe de troubadour et prit ma flûte : je ne sortais jamais sans moyen de me défendre. J'avais regardé pendant quelques secondes Elyrim dormir dans son lit, avant de quitter la chambre et de commencer à descendre l'escalier. Au milieu de celui-ci, je remarquais que l'auberge était encore en effervescence à cette heure tardive. Alors même que je mettais un pied sur la dernière marche, des exclamations explosaient déjà : « La troubadour, elle est debout ! Ca va d'moiselle ? On s'inquiétait pour vous, vous savez, vous aviez l'air dans un mauvais état ». Ou encore « Mais c'est qu'elle est plutôt mignone. T'es pas un peu jeune pour prendre la route, quand même ? ». Je rigolai un peu, sentant mon coeur serré se détendre légèrement... puis quelqu'un remarqua ma flûte et mes vêtements. Je crois que c'était un vieil homme. En tout cas c'était un connaisseur, car ce fut celui qui parla le premier de ma classe : une troubadour danseuse. Ce fut certainement ce qu'on peut appeler le début de la fin, car une fois que des explications rapides furent données, on me fit monter sur une estrade. Le début de la fin, car on me demanda de jouer, et que je ne refusai pas. Même en étant terriblement fatiguée, j'ai accepté de jouer … Il faisait chaud dans cet auberge, et cela sentait certainement plus mauvais que si une horde de Putridcakes s'étaient installés non loin, mais je suis restée. Parce que les membres soules de cette auberge me faisaient rire.
Au milieu de cette estrade, j'ai commencé à jouer l'une de mes mélodies favorites. Plus qu'ensorceler, j'hypnotisai grâce à cette musique : elle ressemblait à la danse d'un serpent, glissante, fluide. Je commençai à danser comme une danseuse du ventre, ne faisant bouger que la partie supérieur de mon corps. Généralement, les personnes sous mon contrôle ne remarquaient pas que mes jambes se mettaient ensuite à bouger, trop absorbés par la mélodie langoureuse. Au milieu de la mélodie, je stoppai, épuisée. Les hommes présents reprirent petit à petit leur esprit, et on hurla des acclamations, avant de me faire passer de l'alcool. C'était gratuit, et je ne précisai pas que j'étais mineur. Le liquide chaud coula dans ma gorge, me faisant perdre un peu plus mes sens à chaque gorgée. Et surtout, cela me maintenait éveillée, bien plus éveillée et joyeuse que je ne l'avais été depuis plusieurs semaines. La suite de mon histoire, on me la raconta le lendemain, quand je fus plus lucide. Mais je vais continuer. A cause de mon état d'ivresse, je ne jouai plus beaucoup : mes gestes étaient trop saccadés et désordonnés, ma bouche trop pâteuse pour faire quoi que ce soit. Mais j'ai continué à parler, à raconter de tout et n'importe quoi du haut de mon estrade. Je me demande encore aujourd'hui si c'est le bruit, ou le fait qu'on criait mon prénom qui fit descendre Elyrim... Et après tout, je ne vois pas bien quelle importance cela a. Il était là, un point c'est tout. Il m'a vue, un point c'est tout et il est intervenu, un point c'est tout.


-Gwendolyn, mais qu'est-ce que tu fiches là ! Me dit-il en me faisant descendre de mon estrade. Tu es épuisée, il faut que tu dormes.

Je ne sais pas ce que je lui ai répondu, car personne dans cette salle ne le comprit. Peut-être qu'Elyrim, lui, le sait. Mais je ne lui ai jamais demandé … Tout ce que je sais, c'est que je suis tombée dans ses bras. J'ai commencé à entourer son cou de mes bras, à déposer un baiser dans le creux de sa gorge, ses joues, son front … Il essaya de me repousser une première fois. Mais j'avais continué, jusqu'au moment où je l'embrassais vraiment, le plaquant contre moi. Il me repoussa « sans ménagement » d'après ce que l'on m'a dit... moi je pense que les faits sont exagérés. Mais encore une fois, je ne vois pas qu'elle importance cela a. Le résultat fut le même. Je finis par m'énerver qu'il me repousse, à lui crier ce que je ressentais pour lui, ce que je pensais de lui, ce que je voulais de lui. J'ai fini par lui dire que j'en avais assez de cette vie, assez qu'il ne voit pas ce que je voulais qu'il voit. Je me suis énervée, tout court, et je suis partie. J'ai quitté cette auberge maudite, et personne ne m'en a empêchée. Je suis sortie dehors à moitié ivre, dans les rues. Ne me demandez pas ce que j'ai fais pendant ce moment... tout ce que je sais, c'est que quelques heures plus tard, j'ai décuvé. J'ai retrouvé un minimum de lucidité vers la fin de la soirée, et seule, je suis retournée à l'auberge.
Seule. Ce fut à la fois mon état, et le sentiment que je ressentis quand j'arrivais là-bas. Quand je découvris ce qui s'était passé.
Je n'étais pas encore bien lucide, c'était déjà un miracle que j'ai pu marcher jusque l'auberge et surtout que je retrouve mon chemin. Mais j'ai compris, compris qu'Elyrim avait eu un problème, grave, par ma faute. Il était blessé, par ma faute.
Quand il m'avait repoussée, mes nouveaux « amis » fédoriens lui avaient fait des reproches ponctués d'insultes colorés. Peut-être que cela, j'aurais pu l'empêcher. Mais comment reprocher cela à des hommes ivres qui viennent de voir une de leur compagne de soirée se faire « mettre à la porte » par un inconnu ? Je ne leur reproche pas. Et je ne reproche pas non plus à Elyrim d'avoir réagit aux insultes, sous le coup de la colère, sous le choque de mon comportement. Et puis, c'étaient des fédoriens, connus pour leur colère explosive. Au milieu d'une bagarre, mon partenaire fut blessé d'une façon ou d'une autre .. Blessé par un couteau. Je n'ai jamais apporté d'importance à qui avait fait quoi. Oui, le résultat était le même. Les mots sont difficiles à écrire, il est difficile d'avouer ses erreurs. Quand je rentrai dans l'auberge et qu'on me mena au lit de mon maitre, l'image d'Elyrim haletant dans son lit me marqua à jamais.
Je l'ai observé, pendant plusieurs minutes. On me parlait, on m'expliquait, mais je n'entendais rien. C'était de ma faute, s'il était là, s'il souffrait. Je l'avais blessé, j'avais tenu le couteau en voulant bêtement l'embrasser. Avant même de partir, j'aurais dû clarifier ce point avec lui. Pendant longtemps, j'ai attendu le Clerc qui ne venait pas. Pendant longtemps, j'ai joué à ses côtés. Toutes les mélodies qui puissent l'aider, tout ce qui pouvait le sauver. Souvent je me suis demandée pourquoi lui, n'avait-il pas eu de chance ? Pourquoi n'y avait-il eu que moi à ses côtés ? Pourquoi Ael ne l'avait pas aidé ? J'ai joué, joué, jusqu'à ce que mes jambes cèdent. Je ne savais pas s'il m'entendait, je ne savais pas s'il était trop tard pour lui. Quand le Clerc est passé, il m'a expliquée qu'il lui fallait du repos, qu'il retourne chez lui. Chez lui … Où était-il, son chez lui ? Je l'ignorais. Il ne me l'avait jamais dis. Je savais qu'il était Levitis, mais son chez lui, je l'ignorais. Pendant un moment encore, je suis restée à son chevet, avant que l'aubergiste ne nous demande de partir. Je n'avais pas d'argent pour rester et j'étais trop fatiguée pour gagner assez pour deux. Pour moi, il allait mourir. Le voyage jusqu'à Levitas lui serait forcément fatal. Déjà ne reprenait-il conscience que rarement … et il ne parlait pas. Mais s'il me quittait, je voulais le suivre. Alors autant tenté que d'attendre ici, que la mort vienne le faucher.
Quelques personnes du village, ce jour-là, m'aidèrent à créer une civière. Je l'avais accrochée à son cheval, qui le trainait derrière lui. J'estimais que c'était toujours mieux que de le poser sur le cheval même, qui risquait d'empirer son état. Le voyage me sembla interminable, je ne dormais que très peu, mais pendant ces courtes heures de sommeils, je n'avais plus le temps, plus la force de faire de cauchemars. Alors je préférai à chaque pause que je faisais, jouer, encore. Je récoltai quelques pièces qui me permettait de nous faire manger. Et je voyais que grâce à mes mélodies, les traits d'Elyrim s'adoucissaient, s'apaisaient pendant quelques temps. A chaque village, mon histoire émouvait et les personnes, souvent, essayaient de m'aider. On me laissait échanger mes chevaux épuisés par des autres en pleine forme. Je souriais, quelque fois, en pensant à Maurice : de village en village, on racontait mon histoire. Etais-je en train de devenir célèbre ? L'idée que cela soit ainsi que les gens me connaissent me dégoutait. Alors quand je cherchais désespérément de l'espoir, je regardais les étoiles et je cherchais, cherchais un signe. Cherchais mon avenir, notre avenir, quelque part. Et je priai, priai pour qu'Ael nous aide, encore. Durant ces jours de voyage solitaire, je me suis demandée si j'avais tenu ma promesse : Etais-je libre ? Avais-je atteins mon but ?
Je continuai d'avancer, inlassablement. Tous les jours, je vérifiais si Elyrim allait bien grâce à de petits exercices que le Clerc m'avait montrés. Mais allait-il réellement bien ? Faisais-je bien les exercices ? Peut-être que je me trompais ..
Puis un jour les piliers de Levitas m'apparurent. Éblouissants, magnifiques, ils auraient dû m'émerveiller. Mais au milieu des voyageurs, je ressemblais à un fantôme, j'étais invisible. Je n'avais pas l'argent pour m'arrêter à l'auberge à mi-chemin, alors j'ai continué. Après tout, je ne voyais pas comment mon état pouvait être pire. Je crois que je me suis endormie de nombreuses fois sur mon cheval, et je me disais que mon état devait faire fuir les bandits. Ou peut-être n'y avait-il plus rien à voler. Je me souviens que ce sont les Levitis qui me connaissaient, qui m'ont guidée jusqu'à chez moi. Comment m'ont-il reconnu ? Il faudra leur demander. Les portes de ma demeure, de la grande tour blanche et pure de mes parents, se sont ouverte pour moi. On m'a fait descendre de mon cheval, et la dernière chose dont je me souviens après avoir confié Elyrim, c'est de m'être écroulée.
Ma mère me caressait le visage alors qu'on me portait dans ma chambre. J'ai eu l'impression, pendant quelques secondes, d'être revenue à l'âge de mes quinze ans.


-Tiens bon Gwendolyn, on va te sauver. Tu m'entends ? Tout va bien aller.

Me sauver, me sauver... A quoi bon survivre, si on a tué l'être qu'on aimait ? A quoi bon continuer à vivre, si plus rien ne nous retiens ici ?
Non, je n'avais toujours pas le droit de mourir. Je me rattachais à la seule chose qui me tenait encore à coeur, je m'attachais à elle, chérissait l'idée que je devais encore faire quelque chose dans cette vie.
Et je viens de me rendre compte en écrivant ces lignes, en racontant ce qui s'est passé, à quel point j'avais raison de m'accrocher à ma vie. Je viens de trouver pourquoi Ael ne nous a pas aidé, pourquoi elle nous a tant fait souffrir. Elle m'avait sauvée pour que je sois une femme libre, à mes quinze ans .. et il m'a fallu du temps pour comprendre.
Comprendre que depuis tout ce temps, je ne l'étais toujours pas.
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MessageSujet: Re: La légende de Gwendolyn   La légende de Gwendolyn Icon_minitimeLun 30 Aoû 2010 - 12:33

Chapitre 5 : Décision.



J'avais froid. Encore. Encore plus que toutes les semaines précédentes. J'avais posé sur mes épaules une grosse couverture, et doucement, je me balançais sur ma chaise. Je m'étais arrêtée de jouer de la flûte, pour quelques temps. Mon esprit était ailleurs, très loin de la chambre où je me trouvais. Tellement loin que je n'avais pas remarqué la nuit tomber, ni le plateau de nourritures froides qu'on était venu me porter il y a quelques heures.
Je pensais à beaucoup de choses, mais finalement, rien en particulier. C'était devenu l'un de mes passe-temps favoris, ne penser à rien en particulier, laisser son esprit vagabonder sur des sujets sans importances... tout sauf penser à Elyrim. Je tressaillis en prononcer ces simples syllabes dans mon esprit. Le froid sembla me transpercer aussi violemment qu'une lame pendant ces quelques secondes.
Instinctivement, mon regard se porta sur la silhouette dans le lit. Je voyais son torse se soulever et s'abaisser, calmement, me rassurant en pensant qu'il ne faisait pas de cauchemars. Me rassurant en pensant qu'il était en vie, que le Clerc de l'auberge n'était peut-être pas intervenu trop tard. Je fermai les yeux, des larmes battant contre mes paupières, ma gorge se serrant au point qu'il m'était compliquée de respirer. Il était en vie, mais peut-être pas entier : rien ne garantissait qu'il aurait la souffle pour un jour rejouer de la flûte. Peut-être qu'il sera à jamais handicapé par ce coup de couteau, cette lame qui était passée très près de le tuer. Je repliais mes genoux contre moi, les entourant de mes bras avant de poser ma tête dessus. Je sentis des larmes rouler sur mes joues, comme un millier de petites perles. Je sentis mes dents commencer à claquer tellement j'avais froid, tellement j'étais bouleversée. Ce que je ne sentis pas, c'est l'arrivée de mon père près de moi lorsqu'il prit une chaise. Je n'ai réagis que lorsqu'il toucha mes cheveux, me les caressant comme pour consoler son enfant d'un moindre mal. Mais mon mal, à moi, ne pouvait pas être soigné par de simples caresses.


-Laisse-moi papa, je ne veux pas que tu me vois comme cela...

A mon retour au château, quand on m'avait portée dans ma chambre alors que j'étais plus fatiguée qu'après une chasse aux Moos, j'avais pensé être revenu à l'âge de mes quinze ans. Une douleur psychologique comparable à la douleur physique de l'époque, les mêmes paroles de réconforts aujourd'hui qu'après ma chute de cette tour. Mais je me trompais. En réalité, à l'âge de mes quinze ans, je me portais mieux que durant cette période auprès d'Elyrim. A l'âge de mes quinze ans, je n'avais aucun regret, aucun poids sur la conscience. En comparaison, ce jour-là, c'était plusieurs années de ma vie que je remettais en cause pour des regrets. Et alors que durant toute mon enfance j'étais restée fort solennelle avec mon père, à quasiment dix-sept ans, je l'appelais « papa » pour la première fois de ma vie.


-Non Gwendolyn, nous devons parler. J'ai discuté avec le Clerc. Il faut que tu acceptes d'entendre certaines choses. Non sur E...je veux dire, non sur ton maitre, mais sur toi. C'est de toi, et à toi que je veux parler.

-Il n'y a rien à dire. Ce n'est pas avec de belles paroles et en me harcelant que vous allez m'aider. Tout ce que je vous demande, c'est de me laisser tranquille. J'ai besoin de réfléchir …

Mon père me força à relever la tête, m'attrapant par le menton pour river ses yeux dans les miens. Ses yeux à lui étaient pleins d'une sagesse anciennes de patience, de compréhension. Mais les miens ? A l'apparence que ses traits prirent, cela ne devait être que désespoir, incertitude, trahison. Je n'étais plus moi-même. Et mes lèvres frémissaient encore du froid intérieur que je ressentais. Mon père soupira.

-Gwenny, tu as toujours froid, pas vrai ? As-tu une idée de la cause ?

-J'ai bien pensé à une intoxication à l'Hanakin, mais personne ne veut me croire ! Tentai-je de plaisanter.

-Ce n'est pas un mal physique qui te fait avoir froid, ma fille. Et pourtant, c'est une maladie bien connue qui te ronge, rétorqua mon père.

Je laissais un temps de pause, mes yeux toujours plongés dans son regard de sage. Je regardais durant quelques secondes la profondeur d'âme de mon père, avant d'essayer de détourner le regard. Je savais ce qu'il allait dire, je savais ce qu'il allait me faire remarquer. Mon père avait toujours tout su à mon propos. Il n'était pas Levitis pour rien, les étoiles et l'avenir n'avaient aucun secret pour lui … Aujourd'hui, je me dis qu'en voulant empêcher ma rencontre avec Elyrim, c'était de toute cette souffrance qu'il avait voulu me préserver. Peut-être qu'à l'époque, j'aurais mieux fait de l'écouter. Mon père serra plus fort mon visage pour m'empêcher de détourner les yeux. Comprenant que je n'allais pas répondre, il continua, sèchement :


-C'est l'amour Gwendolyn. Tu es amoureuse de lui, plus puissamment que beaucoup de personnes.. Certains ne réagissent à cette maladie que par de simples tremblements, de temps en temps. D'autre en fond une dépression. Toi tu as décidé d'en mourir à feu doux, te laissant ronger par un froid imaginaire. Tu givres ton coeur.

Je me débattis légèrement pour réussir à libérer mon visage. Mon père lâcha prise et je me mis à fixer le sol. Mon coeur me faisait terriblement mal, vibrant devant la vérité des dires de mon père. Je fermais les yeux, et des larmes recommencèrent à rouler sur mes joues. J'avais envie de hurler de douleur, m'en empêchant en mordant ma lèvre inférieur. Voilà pourquoi mon état était pire qu'à l'âge de mes quinze : ce n'était pas mon corps qui mourrait de cette maladie, mais mon esprit. Si personne ne la nomme ainsi, l'amour est une infection dangereuse : qu'elle entraine la passion ou le rejet, elle change les personnalités. Mon père me prit alors dans ses bras, et agrippée à sa toge, mes épaules étaient secouées de sanglots silencieux.
Il recommença à caresser mes cheveux.


-Je ne suis pas aveugle ma fille, et ta mère non plus. Elle voulait venir te voir à ma place, mais elle sait qu'elle ne te ferait pas entendre raison. Regarde-toi Gwendolyn … tes cernes me disent que tu ne dors plus, et ce plateau de nourriture, à côté, me dit que tu ne manges plus. Cette couverture sur tes épaules, l'usure du sol à force que tu te balances sur cette chaise me disent que tu ne bouges plus. Ma fille, vis-tu encore ?

-Je-je ne sais pas, sanglotai-je, je ne sais pas co-comment réagir. Je suis... per-perdue. Que-que dois-je faire, papa ?

-Partir. Tu es troubadour, Gwendolyn, c'est ton métier. Pour avoir jouer de nombreuses fois devant ta mère et moi, je sais que la musique te rend heureuse. Pars ma fille... pars loin de ce garçon, de Levitas. Je sais que si tu es dans cet état, c'est qu'il ne voulait pas de toi... je ne sais pas ce qui s'est passé, mais d'une manière ou d'une autre, tu as compris que tes sentiments n'étaient pas réciproques. Alors pars ma fille. Sur les grandes routes, construis-toi une vie d'aventures et de voyages. Apprend à travers eux. Et quand tu te sentiras prête, tu reviendras et pourras affronter ces événements sans ciller. Tu reviendras quand tu auras accepté.

Lentement, il décrocha mes mains de ses vêtements et me fis me redresser. J'étais épuisée d'avoir tant pleuré, mais je me sentais mieux. Levant une main, je caressais le visage de celui qui m'avait donnée la vie. Mon cerveau était pour l'instant trop lasse pour prendre réellement en compte les paroles de mon père. Mais demain, demain j'allais y réfléchir. Demain, j'allais réellement penser, me concentrer sur un sujet particulier. Que faire de ma vie ?
Mon père se leva, et je le sentis me prendre dans ses bras. Je ne réagis pas, tant de personnes m'avaient déjà portée ces temps-ci... j'avais l'impression d'être une petite fille, de ne pas savoir encore marcher. Sans rien dire, il commença à quitter la chambre. Je sentis ma gorge se serrer, cela faisait des jours que je n'étais pas sortie de cette salle, que j'avais perpétuellement gardé un oeil sur Elyrim. Alors que mon père s'éloignait de la porte, je ne quittais pas des yeux la silhouette dans le lit. Elle respirait toujours calmement, elle n'avait pas cillé, pas bougé. Je me sentis de nouveau rassurée …
Puis la porte se referma derrière nous.


**

-Mademoiselle ! Il faut.. tempête arri...

Mes cheveux volés en tout sens, fouettant mon visage sans que cela ne me gêne plus que cela. Je fis un geste de la main à Katty, l'une de mes femmes de chambre et amie proche, pour lui signifier que j'avais compris. Il faut que je rentre car une tempête arrive. Message reçu cinq sur cinq. Penchée par la fenêtre, elle me regarda anxieusement alors que je ne bougeais pas. En réalité, je me trouvai dans l'un des nombreux jardins qui servaient de balcon à la demeure de mes parents. D'ici, il y avait une magnifique vue sur la ville, et ce balcon se trouvait juste en dessous de la fenêtre de ma chambre. De plus, il y avait assez de place pour que je puisse danser tranquillement. La musique était le meilleur moyen pour moi de m'évader, et il m'arrivait même parfois de me laisser submerger par mon don, ne refaisant surface que plusieurs minutes plus tard voire plusieurs heures plus tard. Se laisser bercer par une mélodie était le plus doux des réconforts.
Ne prêtant plus d'attention à Katty, je remis ma flûte au bord de mes lèvres. Je voulais seulement jouer une dernière fois … Ma femme de chambre recula promptement, sachant qu'il ne valait mieux pas entendre mes mélodies. Pourquoi ? Parce qu'elles étaient souvent très mélancoliques, très nostalgiques. Pour les plus réceptifs, elles racontaient même des histoires d'amour perdu. Dans la rue en contre-bas, des personnes restaient parfois sous le charme et s'arrêtaient pendant quelques minutes. Mais à cette distance, ils reprenaient très vite leur esprit, ne serait-ce seulement parce que le vent portait ma mélodie plus loin. D'autres de ces personnes ont cessé d'emprunter cette rue, ne supportant pas le caractère de mon chant, alors que d'autres l'empruntent spécialement pour s'assoir et écouter. A moi seule, j'étais devenue un phénomène de foire : l'âme blessée du balcon. Depuis que mon père m'avait sortie de la chambre d'Elyrim il y a quatre jours, je passais mes journées dans ce jardin... je n'osais pas retourner auprès du jeune homme. Alors je m'occupais.

-Mademoiselle, revenez, c'est tro...

J'arrêtais de jouer, agacée. Mais je me résignais en voyant les tourbillons de vent à l'autre bout de la ville. La tempête arrivée, elle serait bientôt ici, je devais quitter mon balcon maintenant. Avec un soupire, j'accrochais ma flûte dans mon dos et commençai à escalader le mur. Quand je fus à sa portée, Katty m'aida à passer la fenêtre et referma avec une rapidité incroyable cette dernière. Le vent commençait déjà à pousser ses complaintes, sifflant contre les murs. La jeune fille me lança un regard mécontent avant de s'écrier :

-Ne refaites plus jamais cela, mademoiselle, j'ai eu la peur de ma vie. Je sais que je ne devrais pas vous parler ainsi mais... vous savez comme ces tempêtes sont dangereuses. A cette altitude, le vent est si puissant que vous seriez transportée plus facilement qu'une brindille. Si les bâtiments de Levitas sont renforcés, vous, vous ne l'êtes pas.

Je rigolais de bon coeur, alors que ma femme de chambre se détendait. Mon rire était rare depuis mon retour, mais suite à la discussion avec mon père, j'allais mieux. J'avais moins froid. Je réfléchissais à la décision à prendre …
Restant à la fenêtre, une main posée sur la vitre, je me demandais combien de temps aller durer la tempête. Des fois, ça pouvait durer des jours entiers. Et je n'arrivais pas à danser dans ma chambre, j'étais déconcentrée car trop souvent mes pensées dérivées sur ma rencontre avec Elyrim... Je m'asseyais parfois dans son siège, fermai les yeux, et me remémorai ce moment merveilleux. Comment aurait été ma vie, si je ne l'avais pas rencontré ? Une vie de mage ? Quelque part, j'aurais certainement été encore plus triste dans ces conditions. J'aurais fini par fuguer définitivement de la maison, car je ne suis pas faite pour rester en cage. Même une cage dorée.
Katty me tira de mes idées sombres pour vérifier si tout allait bien, et cordialement, je la fis sortir de ma chambre. Il m'était impossible de sortir dehors, il m'étais impossible de me balader dans la maison sans croiser des personnes inquiètes à mon sujet. Il m'était donc impossible de faire autre chose que réfléchir. Et cela faisait quatre jours que je réfléchissais. Il était temps, temps de prendre ma décision.

Je suis alors allée dans mon lit, j'ai sorti de quoi écrire de ma table de chevet et j'ai commencé à rédiger ce qui, d'une façon ou d'une autre, allait mettre un point définitif sur cette période de ma vie.

**

Au milieu de la nuit, je m'arrêtais, ne sentant plus mes doigts. Je tombai à la renverse dans mon lit et levai ma main pour regarder les traces d'encre, les marques sur ma peau que j'avais laissé en serrant un peu trop fort ma plume. Je restais comme cela pendant plusieurs minutes, calme, apaisée, pliant et dépliant mes doigts pour détendre mes articulations. J'avais accompli ce que je devais faire, ce que je voulais faire.
Sur un coude, je me redressais laborieusement et commençai à réunir toutes les feuilles sur mon lit. Elyrim m'avait appris beaucoup de choses en un an, et dans ces feuilles j'avais réuni une partie de son savoir. Je ne savais pas ce qu'elles valaient, mais ce que je savais, c'était que ces feuilles avaient été écrites de mes mains. Elles avaient de l'importance dans mon coeur, de la signification dans ma vie.
La signification d'un nouveau départ.


**

Deux nuits plus tard, je poussai doucement une porte, jetant un rapide coup d'oeil à l'intérieur. La salle était très sombre les rideaux étant fermés. Personne n'était debout, tout le monde dormait. Il n'y avait personne pour m'empêcher de terminer ce que je devais faire.
Je me faufilais à l'intérieur de la chambre, refermant lentement la porte. Elle ne grinçait pas, cette porte, pas comme la mienne. Je fis un sourire en repensant à toutes les aventures qui m'étaient arrivée dans cette maison. Mais il n'était plus temps de se remémorer, maintenant, il fallait arrêter d'hésiter pour avancer toujours tout droit, toujours plus rapidement. Puisqu'il fallait que je le sois, rapide, si je voulais partir sans encombre. Mes pas ne faisaient aucun bruit sur les épais tapis au sol, et je n'eus aucun mal à m'approcher du lit et à regarder les deux personnes endormis dedans. Je me penchai, attendrie, et déposai un baiser sur le front de ma mère. Mes parents n'avaient pas toujours été compréhensifs, mais ils étaient justes. Ils avaient compris avant moi qu'il fallait que je parte. Arrêtant de gagner du temps, je posais sur la petite table à côté du lit un morceau de papier. Celui-ci était habituellement utilisé pour les lettres d'amour, rose avec de jolies broderies et une texture délicate. Pourtant, sur ce papier, ne se détachaient que quelques mots : «Merci, pour tout, pour m'avoir fait comprendre. Je vous aime. Un jour, je reviendrai. ». A quoi bon dire plus ? Les mots qui en disaient le moins été ceux qui donnaient le plus d'espoir. Les lettres longues d'adieux faisaient penser que la personne n'allait pas revenir, qu'elle avait tout dit dans sa lettre. Non, un mot court était ce qu'il fallait. Satisfaite, je refermais la porte derrière-moi.
Les couloirs vides me permirent d'arriver aux cuisines plus facilement que dans un moulin. A vrai dire, j'étais un peu déçue, je souhaitais que cela soit un peu plus palpitant. Là, on aurait pu se croire à la chasse aux Boring, tellement c'était simple et ennuyeux... Mais bon, mes caprices n'avaient aucun importance. Dans mon sac en peau de Moos que j'avais confectionné plus d'un an avant, je mis de quoi me nourrir pour plusieurs jours. Bien que j'aurais préféré prévoir pour plusieurs semaines, je ne pouvais pas me permettre de voyager aussi lourd. Ce sera à moi de me débrouiller pour survivre .. après tout, le retour de mon dernier voyage m'avait montrée que je pouvais être résistante. Je quittais la cuisine aussi facilement que j'y étais rentrée, n'ayant même pas pris assez de nourriture pour qu'on en remarque l'absence. Je fis un détour par le salon afin de prendre mon flacon de vernis pour flûte que j'avais laissé ici en secours. Au début, je l'avais surtout mis dans le salon pour pouvoir lustrer mon instrument tout en discutant avec mes parents. J'aimais l'odeur de ce vernis, cela me mettait à l'aise. Devenant légèrement nostalgique, je me forçai tout de même à quitter cette salle, essayant d'oublier les souvenirs des moments passés en ces lieux. Quand je fermai derrière-moi la grande porte en verre du salon, mon coeur se serra.
Il me restait une dernière étape avant d'aller à l'écurie pour sceller mon cheval. C'était aussi l'étape la plus dur, quelque part... Je sortis une grande enveloppe de mon sac et commençai à remonter les escaliers. Longeant silencieusement le couloir des chambres, je m'arrêtais devant la cinquième en partant de la droite. Tendue, j'ouvris lentement la porte, m'enivrant de la douce odeur qui flottait à l'intérieur. L'odeur de la personne que j'aimais … Elyrim n'avait toujours pas bougé de son lit, et sans lui jeter un coup d'oeil, je marchais droit vers sa table de chevet. En aucun cas il ne pourrait louper l'enveloppe en se levant, me dis-je. Pourtant, inquiète, je la déplaçai à côté de son oreiller. Idiote, pourquoi voulais-tu qu'il la voit immédiatement ? Que cela soit dans une heure ou dans trois semaines, il la verrait bien un jour. Mon regard dériva quelques secondes sur la silhouette du jeune homme, mais je m'interdis de l'approcher. Et alors que je le contemplai pour la dernière fois, un rayon de soleil passa par la fenêtre, me signalant que le soleil se levait … Prise de panique, je bousculai légèrement la table de chevet pour me précipiter vers la porte. Les femmes de chambres allaient bientôt se lever, ainsi que mes parents. Si j'étais encore là... Non, je ne voulais pas imaginer cette option.
Mais alors que je tendais la main vers la poignet, une voix retentit, hésitante, douce. Une voix qui m'appela par mon prénom, avec un timbre que je ne pourrais jamais oublier. Ma main resta en suspens, j'étais incapable d'ouvrir cette foutue porte. Il m'appela de nouveau, cette fois-ci d'une voix plus assurée, plus stable. Me mordant la lèvre inférieur, je fis demi-tour et m'approchai du lit, ne pouvant consciemment partir de la demeure sans avoir dit au revoir à mon maitre. Il avait les yeux ouverts, ses beaux yeux, et me regardait fixement. Il n'y avait ni colère, ni peur, ni étonnement dans ce regard, seulement du soulagement. Alors qu'il n'avait pas reprit conscience depuis des jours, qu'il avait failli mourir à cause de moi, il était soulagé de me voir. Je portai ma main à mes lèvres, les larmes aux yeux. Pourquoi ? Pourquoi s'est-il réveillé maintenant ?


-Gwenny, j'ai eu si peur quand tu es parti de l'auberge … Excuse-moi, mais quand tu m'as embrassé je... Excuse-moi de t...

Je posais un doigt sur ses lèvres, de grosses larmes roulants sur mes joues. Je sentais des sanglots arriver, et les retins du mieux que je pus. Je n'avais que quelques minutes à tenir, quelques minutes à tenir alors que le froid m'assaillait de nouveau. Quand j'eus repris un semblant de calme, je chuchotai :

-Ne dis rien, ne dis plus rien. Ce n'est plus le moment... c'est moi que tu dois pardonner Elyrim, et non le contraire. Tu n'as rien à te reprocher.

Hésitant pendant une seconde, je finis par déposer un baiser sur son front. Je remerciais Ael qu'il ne retienne pas mon bras quand je partis en courant, et je la remercie aussi qu'il se contente de crier mon prénom. Un mot de plus, une phrase aurait peut-être suffit pour que j'arrête tout, pour que je fasse demi-tour. Mais mon choix était pris, je ne voulais pas reculer et surtout je ne voulais pas vivre avec ce froid glaciale qui me serrait le cœur lorsque je le regardais.
J'avais promptement retiré mes chaussures et filai maintenant dans les couloirs plus vite que le vent. Des portes s'ouvrirent dans les cuisines, je croisai des femmes, mais aucune n'eut le temps de me reconnaître. Arrivée aux écuries, j'attrapais ma scelle, me contentant d'attacher les lanières principales. Le reste, je m'en occuperais lors de la journée de voyage pour descendre de Levitas. J'accrochai ma sacoche en Moo sur mon cheval à la robe baie, et chevauchai celui-ci avec l'aisance de l'habitude. Je n'avais pas pu mettre plus de dix minutes entre le moment où je quittais la chambre d'Elyrim et le moment où je partais au triple galop. Les larmes brouillant encore un peu ma vision, je me laissais porter par mon cheval pendant un moment... Pourtant je le fis ralentir très vite, refusant de l'épuiser alors qu'un voyage aussi difficile l'attendait. Mes épaules se détendirent alors que l'amarrage du pilier et tout le bazar autour était en vue. J'y étais, à la porte de mon salue. Une nouvelle page blanche commençait à se tourner quand... une mélodie retentit. La page blanche du livre de ma vie retomba, me laissant encore pour quelques minutes à la page précédente. Je tressaillis, touchée au coeur.


-Que.. Mais... qu'est-ce que c'est? Elyrim ?

Je fis piétiner mon cheval sur place alors que je regardais partout autour de moi, les toits, les balcons, les ruelles adjacentes.
Non, non, comment était-ce possible ? La mélodie avait été faite pour provoquer de la joie, de la bonne humeur chez les personnes qui l'écoutaient. Pourtant moi, ma gorge était serrée par l'inquiétude... Cette mélodie, c'était la mienne. Celle que j'avais créé deux jours plus tôt dans ma chambre, celle que j'avais écris pour Elyrim. Puis je l'aperçu, en haut d'un escalier d'une des tour à côté de moi. Ma première réaction fut du soulagement : il jouait ! Même après le coup de couteau, il pouvait encore jouer... je n'avais pas ruiné sa vie. Puis après je remarquai qu' il était juste assez habillé pour que cela soit décent, sa chemise mal mise, son pantalon trop grand pour lui. Il avait dû enfiler des vêtements qui trainaient dans le placard hâtivement et partir immédiatement pour ce pilier... comme j'avais dû sceller mon cheval, exceptionnel coureur, il avait pris une longueur d'avance sur moi -jusqu'à ce que je le rattrape. Et alors qu'il me regardait intensément, et que nos regards se croisaient, la mélodie changea imperceptiblement : la base était la même, mais l'émotion changea légèrement. Je ressentis de la tristesse, que j'eus bien du mal à interpréter. Pourquoi était-il triste ? Mon cheval piaffa en dessous de moi, voulant s'élancer vers la foule, voulant certainement fuir la mélodie. Voyant que je ne réagissais pas, Elyrim s'arrêta de jouer et cria :


-Ne pars pas Gwenny ! Même si nous ne sommes pas ensemble, ne peux-tu donc pas rester comme partenaire ?! J'ai besoin de toi...

Voilà. Le moment de véritié. Cette phrase était celle qui pouvait me faire faire demi-tour, la phrase qui pourrait me faire regretter mon choix. Je baissais des yeux tourmentés sur les pavés de la ruelle, cherchant ce que je voulais vraiment. Et je savais que je le voulais lui, mais était-ce tout ? Est-ce que le fait d'être avec lui allait régir toute ma vie ? Serais-je enchainée à lui comme un animal de compagnie ?
Enchainée à lui. Je gémis en pensant aux mots que j'avais employé. Enchainée. Etais-je enchainée ? Mes pensées tourbillonnaient dans mon esprit comme un millier de papiers, qui m'obstrueraient toute vision réaliste. Je n'arrivais pas à réfléchir convenablement, tout s'embrouillait, rien n'était trié dans ma tête. Où étaient donc passées les pilles d'idées bien nets dans mon esprit que j'avais mis des semaines à ordonner ? Où étaient donc passées toutes mes valeurs morales, mes décisions ? Je ne savais pas, pour les yeux d'Elyrim, j'oubliais tout. Voyant que je ne réagissais toujours pas, il commença à descendre des marches, s'approchant de moi inexorablement. Non non, il ne fallait pas qu'il s'approche sinon tout était fini. Je perdrai ce qu'il me restait de raison, et me jetterai dans ses bras. C'est alors que je compris, compris que ce n'était pas ce que je voulais. Mes pensées avaient bons s'embrouiller en sa présence, c'était mon corps qui désirait être près de lui, pas mon esprit. Si celui-ci l'avait voulu un jour, il ne le voulait plus aujourd'hui.. Je ne voulais pas continuer à marcher dans les pas d'Elyrim, faire ce qu'il me disait de faire, aller là où il veut qu'on aille. Tout ça, c'était fini, c'était une page tournée de ma vie. Je laissais mon cheval reculer vers la foule, secouant la tête vers Elyrim. Il s'arrêta, me fixa, fronça les sourcils. Il ne comprenait pas. Comprenait pas que maintenant, c'était à moi de prendre mon envol.


-J'ai fais un choix Elyrim ! Et je t'ai fais une lettre pour ça. Au fond, peut-être ne l'as-tu pas encore lu, peut-être n'as-tu vu que la partition. Alors va, retourne chez moi, lis-la, parle à mes parents. Avec un peu de chance, après, tu me comprendras.

Je détournai les yeux pour ne pas voir son regard. A quoi bon savoir ce qu'il pensait ? A quoi bon essayer de se causer des regrets ? Lentement, je tirai sur les rênes de mon cheval pour le tourner vers la foule. Quelqu'un me souhaita bon voyage derrière-moi, et en jetant un coup d'oeil, j'aperçus mon père et ma mère au côté d'Elyrim. Ils avaient chacun posé une main sur une de ses épaules, l'entourant. Ainsi, cela ressemblait à un tableau de famille qui serait bien étrangement vêtu. Je leur fis un signe de la main, un signe d'au revoir. Puis je me retournai, définitivement. Ce moment me marqua pour plusieurs raisons, en partie parce que pour la première fois depuis mes quinze ans, je m'éloignais d'Elyrim sans me retourner. Une autre parce que mon maitre recommença à jouer : une mélodie de voyage, qui me souhaitait bonne route. La dernière ne fut vrai qu'un peu après, je ne vous la citerais donc pas maintenant. En rentrant dans la foule, j'eus l'impression que tout le monde était étrangement calme. Le temps s'était comme arrêté pour moi, pour mon départ, pour le commencement de ma nouvelle vie. Dans mon esprit, je sentie la page blanche retomber comme une masse, avec toute la signification que cela pouvait avoir.
Alors que la mélodie d'Elyrim disparaissait petit à petit derrière-moi, une intense envie de jouer me prit. Mais comment faire ? On ne pouvait pas danser sur un cheval. Alors je souris, en pensant que dans une vie, on avait forcément des buts. Et en sortant ma flûte, je déclarai que mon premier but serait d'apprendre à jouer sans danser.
Joyeusement, j'essayais d'entamer ma mélodie de voyage, de joie, de bonne humeur. Mes pieds frémissaient, des frissons me remontaient dans tout le corps, mes mains tremblaient. Il était bien difficile de jouer sans bouger. Mais les acclamations des marchands autour de moi, mis de bonne humeur par le fruit de mon instrument, me mettaient du baume au coeur. Intérieurement, je me récitai la lettre écrite à Elyrim. En réalité, sa lettre est en grande partie semblable à la votre, elle raconte mon histoire. Elle raconte ma légende. Les raisons pour laquelle j'ai fais tel ou tel acte. Les raisons pour lesquelles je suis partie de chez moi. Et comme la votre, sa lettre s'achève dans quelques lignes … Quoi que, non, la sienne comporte un passage que vous méritez de lire. Voyez :

« … J'ai vécu toute sorte d'aventures, entre mes quinze ans et dix-sept ans. J'ai beaucoup souffert, beaucoup pleuré, beaucoup aimé. Je pense d'ailleurs que je l'ai assez fait pour toute une vie. Alors il est venu le temps de changer et de devenir celle que je veux être. Je me fais la promesse, et te fais la promesse Elyrim, que plus jamais je ne pleurai, plus jamais je ne souffrirai et plus jamais je n'aimerai quelqu'un comme je t'ai aimé. Dorénavant, je serais ce que je suis vraiment : une fille joyeuse, pleine de vie, extravertie et certes un peu folle mais je ne me soucierai plus de la voie que prend ma vie, du moment qu'elle me mène quelque part. Je ne me soucierai plus de savoir ce que les gens veulent que je fasse, du moment que je suis sûre de mes propres choix.
Je ne me soucierai plus de ce que ces personnes pensent de moi, du moment que je suis mes rêves. »

Voilà comment débuta le début de ma légende, et je crois vous avoir conté tout ce que je pouvais. Maintenant, vous qui connaissez la vérité sur Gwendolyn Tinuv'iel, devenez les prophètes de cette histoire pour que tout le monde sache qui je suis ! (et pour que Maurice devienne connu grâce à moi, après tout, c'est aussi l'une de mes promesses.). Je crois que c'est tout... Ah, non, j'oubliais :
La dernière raison pour laquelle ce moment me marqua, ce fut tous ces regards tournés vers moi. Ce n'était pas à cause de ma mélodie, de ma tenue ou de mes origines qu'on me fixait. Mais on raconte sur les grands chemins que, ce jour-là, mon aura brillait d'une lueur divine. On dit aussi que dans ce début de matinée, où le soleil se levait paresseusement, la bénédiction d'Ael reposait sur mes épaules...
Vous l'aurez compris, au milieu de cette foule, la flûte aux lèvres, j'étais devenue une femme libre.


FIN


(Au passage, message à Finariel : *danse de la joie *, j'ai mis tous les monstres du lexique dans mon histoire!)
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MessageSujet: Re: La légende de Gwendolyn   La légende de Gwendolyn Icon_minitimeLun 30 Aoû 2010 - 17:52

Whohooo même dans les RP, j'ai droit à une dédicace xD
Bien joué pour le pari, ca passe parfaitement ^^

Si on omet les fautes d'orthographe, encore bravo, pour cette "petite" intro de ton perso (t'as des preuves forum et pas que msn maintenant Wink )

Reste plus qu'aux autres à ce dépêcher pour que tu puisses nous rejoindre dans le RP \o/

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MessageSujet: Re: La légende de Gwendolyn   La légende de Gwendolyn Icon_minitimeLun 30 Aoû 2010 - 18:36

(Prend pas la grosse tête Fina, je t'ai fais une "dédicace" parce que c'était avec toi que j'avais parié xD ! Non mais oh... les jeunes, de nos jours Laughing )
Ahah. J'ai eu du mal à placer l'Hanakin et le Boring quand même >< enfin, c'est cool que tu me dises ça, j'avais peur que cela fasse un peu bizarre Very Happy.

Merci ^^' on va considérer que le "Bravo" veut tout dire. Mais pas la peine de mentionner les fautes à chaque fois >< je sais, je suis nulle. Et alors ? xD.

Sinon, ça serait bien si on avait quelques commentaires... Histoire que je puisse aller poster au moins une fois avant que je sois submergée par la rentrée, Jeudi, et que je ne puisse plus approcher mon ordi pendant quelques jours -.-".
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MessageSujet: Re: La légende de Gwendolyn   La légende de Gwendolyn Icon_minitimeLun 30 Aoû 2010 - 19:43

Les fautes, c'est pour te dire qu'a l'occase, je te ferais un petit fichier texte avec les fautes que je trouve en rouge, comme avant xD
Et tu t'es améliorée depuis le temps, maintenant on voit un peu de texte au milieu du rouge, bientôt y'en aura plus!! Continue comme ça ^^

Rooo genre je t'ai pas encore dit assez que c'était bien comme ça Razz

----------------------------------------------------------

@tout les gens qui liront jusque là:

Fina, une caméra Elixienne sur l'épaule, se précipite sur vous à la sortie du pavé, les yeux brillants, et se plante sur votre passage


- Bonjour(soir) cher(e) lecteur(trice)!! Je me nomme Finariel, je fais un reportage sur la biographie dont vous sortez, pour le la gazette d'Adreis. Pourriez-vous me donner votre avis sur celui-ci s'il vous plait? L'héroïne principale n'est pas encore très familière avec nos contrées et leur coutume, et serait ravie d'avoir votre avis sur la question!!

Le reporter attend patiemment, sourire aux lèvres, le moindre avis, remarque ou simple mot que vous pourriez avoir à donner.

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MessageSujet: Re: La légende de Gwendolyn   La légende de Gwendolyn Icon_minitimeMar 31 Aoû 2010 - 9:41

désolé, n'ayant le net qu'au boulot, j'ai pas eu le temps de tout lire encore ^^'

j'ai fait un c/c pour pouvoir finir ce soir.
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MessageSujet: Re: La légende de Gwendolyn   La légende de Gwendolyn Icon_minitimeMer 1 Sep 2010 - 18:27

Merci Lynn de prendre le temps de lire ^^'

Sinon j'en mourrai pas de ne pas avoir de commentaires. Je peux comprendre qu'on ait pas le temps de lire la présentation de chaque nouveau venu Very Happy surtout que j'aurais peut-être dû faire plus court pour vous faciliter la tâche si je fais du rp avec vous ahah ^^

Après, je ne sais pas si on doit avoir l'approbation d'une personne en particulier pour pouvoir commencer à rp alors ... ? De toute façon, je ne pense pas que je pourrai commencer à réellement rp avant le Week-end. Enfin je sais pas, je verrai demain.

En tout cas c'est très aimable à toutes les personnes qui ont lu, ça me fait plaisir de savoir que je n'ai pas écrit mon histoire seulement pour moi ^^' (je remercie même ceux qui n'ont pas lu, mais qui m'ont accueillie) Very Happy.
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MessageSujet: Re: La légende de Gwendolyn   La légende de Gwendolyn Icon_minitimeMer 1 Sep 2010 - 22:16

Ici, comme il n'y a pas de MJ tu sais c'est du RP "sauvage" plutôt libre (mais bon on essaie quand même de garder une cohérence) donc tu commences où tu veux et quand tu veux ^^

du moment que tu es inspirée et que ton arrivée "colle" ^^

bienvenue !!!

youpiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !!
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MessageSujet: Re: La légende de Gwendolyn   La légende de Gwendolyn Icon_minitimeMer 1 Sep 2010 - 23:08

Merkiiii x)
Ca fait plaisir de voir un tel enthousiasme pour ma validation sur le forum, ahah xD

Pour l'inspiration, ça devrait aller Very Happy Généralement, j'en ai ... enfin, j'espère. J'ai une idée mais je ne suis pas sûre que les entrées fracassantes plaisent beaucoup sur le forum ... enfin de toute façon, si cela ne plait pas, je recommencerai mon post en version plus calme...
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MessageSujet: Re: La légende de Gwendolyn   La légende de Gwendolyn Icon_minitimeJeu 2 Sep 2010 - 1:29

Sinon tu en parles à Fanaa ou moi, et on te dira si c'est faisable ou pas, que tu l'écrives pas pour rien Wink M'enfin à priori, y'a peu de chance qu'on te refuse quelque-chose, tant que t'es pas pire que nos lunaires Razz

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MessageSujet: Re: La légende de Gwendolyn   La légende de Gwendolyn Icon_minitimeJeu 2 Sep 2010 - 2:44

Pire que nos lunaires ? Tu penses pouvoir faire pire que Lunelia ? =D

Remarque, ça serait marrant Razz

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MessageSujet: Re: La légende de Gwendolyn   La légende de Gwendolyn Icon_minitimeJeu 2 Sep 2010 - 21:12

Désolée de vous décevoir ! (ou non) Je ne pense pas être pire qu'une lunaire xD.

Et puis c'est bon Fina, je le tape, et on verra x) je ne fais rien d'incroyable, d'effroyable, d'anormal... je dis juste que le rp dans l'auberge de la lumière bleue me semblait très calme, pour une auberge. Avec un bar, des hommes forcément ivres ... enfin je sais pas.
De toute façon je la tape là, vous me direz quand j'aurais posté.
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MessageSujet: Re: La légende de Gwendolyn   La légende de Gwendolyn Icon_minitimeLun 6 Sep 2010 - 1:12

Voila, fini de lire....Hum, comment dire, cela doit être pour cela que je n'aime pas l'écrit pour discuter.

Bravo pour ton histoire. Cela fait un peu bizarre, mais je me suis retrouvé à applaudir doucement, tout seul devant mon ordi en lisant le mot fin. Elle est simple et touchante. C'est vraiment agréable à lire.

Tu respectes l'univers et, c'est peut être une histoire que j'ai déjà lu, mais elle m'a accrochée jusqu'au bout sans que j'y fasse attention.

Au niveau du style, cela me fait un penser à un livre appelé Kushiel, écrit aussi à la première personne. Si tu as l'occasion, lis le, c'est aussi intéressant et, cela sera le seul point que je peux soulever pour que tu progresses, c'est un livre qui se permet de faire des descriptions qui ne sont pas des blocs de texte qui pourraient être... "effrayant" ? Je pense que c'est dû au format ( livre / forum ) mais le style joue aussi.

Mais encore félicitations. En fait, si adreis ne fonctionne pas encore pleinement, je crois qu'on pourra toujours faire un livre, on est en train de regrouper suffisamment d'écrivains de qualité pour cela ^_^



( Douce mélodie, tendre mélopée, je me suis endormie, sous tes doigts de fées... Belle phrase au fait, et faudrait que je la mette en pratique vu l'heure :p )
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MessageSujet: Re: La légende de Gwendolyn   La légende de Gwendolyn Icon_minitimeLun 6 Sep 2010 - 10:51

Embarassed Merci, mais de la à applaudir, j'ai un peu du mal à comprendre ! Ahah Very Happy


Pour ma part, je ne nierai pas que mon histoire est simple. Mais si j'avais fait cela plus compliqué, autant que je fasse un vrai roman, ça aurait été tout aussi bien xD. En tout cas, je suis très heureuse de savoir que mes écrits sont agréables à lire ! (dites-le encore un peu, je vais finir par vous croire ! *s'écarte prudemment de Finariel, évitant toute possibilité de frape exaspérée*)

Je n'ai jamais lu Kushiel, malgré que j'ai longuement tourné autour à une époque ^^ j'ai fini par m'attaquer à autre chose, il paraissait que ce ... "n'était pas de mon âge". Mais étant donné que j'ai abandonné depuis très longtemps le rayon adolescent pour m'attaquer aux bouquins rayon adulte ... je dirai qu'avec tout ce que j'ai lu au niveau de la torture, et autres passages dis "interdit" pour mon âge, je pense que je pourrai essayer. Si tu me dis qu'il est bien, je le rajoute à ma (longue) liste de bouquins Very Happy


Moi je suis partante pour faire un bouquin sur Adreis ! YOUPIII ! ("faudrait peut-être que tu finisses le tien avant ?", "Bah non, pour quoi faire ?" .. Bon ok, je me tais ). ^^ Mais à mon avis, ça ne sera pas pour maintenant !


(Hihi, merci pour la phrase ^^. J'étais inspirée x) j'aime beaucoup faire des poèmes quand je m'ennuie, et ma soeur ne refuse jamais de les lire. Il faudrait que j'en fasse un sur la musique, pour les troubadours ! Comme ça, plus qu'à le mettre sur le forum :p )
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MessageSujet: Re: La légende de Gwendolyn   La légende de Gwendolyn Icon_minitimeLun 6 Sep 2010 - 11:11

Que de modestie on dirait, je vais devoir me prendre un temps certain pour finir la lecture, vu que ça semble amplement congratulé.

@Michael : C'est pour ça qu'il y a le chat semi-vocal si tu n'aimes pas discuter à l'écrit Wink

@Gwen : Et pourquoi pas un roman collaboratif ? Bon c'est un projet lancé à long terme et on a tous d'autres priorités je suppose, mais l'idée est intéressante x)

Hésite pas à mettre des poèmes, on se fera un plaisir de les lire ^^

Youpiiiiiii ! (Elyra ©)

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MessageSujet: Re: La légende de Gwendolyn   La légende de Gwendolyn Icon_minitimeLun 6 Sep 2010 - 13:56

*Ne dira pas qu'il l'avait déjà dit depuis longtemps et plein de fois, mais le pensera très fort quand même*
*et en effet, fini continue ton livre è_é *


et puisque tu le propose si gentiment: *sbafff* Twisted Evil

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