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 Alentours de Fedoran

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Fanaa
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MessageSujet: Re: Alentours de Fedoran   Lun 14 Jan 2013 - 18:21

Kenya sourit doucement. Sa voix basse était comme un murmure, elle y allait en douceur, que ce soit en gestes ou en paroles.

- Les petites boules de nerfs sont mes clients préférés. Au moins chez eux y a t il un défi à relever. La hauteur ira très bien.

Posant délicatement ses mains sur les épaules de Taÿmir, la masseuse l'aida à s'allonger sur le dos. Il y avait un creux aménagé pour le visage afin d'éviter que la patiente ne se torde la nuque.

Quand Taymir fut bien installée, Kenya passa ses mains juste au-dessus du bras dénudé mais sans le toucher. La chaleur dégagée par ses paumes donnait à Taÿmir l'impression d'un contact infime, ce devait être comme être touchée par un nuage tout tiède. Lorsqu'elle fut arrivée au bout des doigts, Kenya remonta doucement jusqu'à l'épaule, toujours sans toucher la peau pâle. Elle attrapa une fiole, se versa une dose d'huile au creux de la paume et se frotta les mains pour réchauffer le liquide. Ensuite elle posa ses mains sur l'épaule et prit tout son temps pour pétrir les muscles, les masser, les lisser, les assouplir. Du haut de l'épaule au bout des doigts, elle n'oublierait aucun centimètre carré de peau, réchauffant et détendant le membre en son entier, s'attardant autant qu'il le fallait et pressant certains points qu amélioreraient la circulation sanguine ou assoupliraient les articulation de l'épaule, du coude, du poignet, des doigts. Kenya n'était pas simplement une experte en massage, elle avait aussi hérité de sa mère sa capacité à magnétiser les gens, ce qui rendait son toucher deux fois plus efficace.

Dehors le soir commençait à tomber mais à l'intérieur il était impossible de se faire une idée du temps qui passait ...
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Taymir La Douce



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MessageSujet: Re: Alentours de Fedoran   Lun 14 Jan 2013 - 19:07

Le bien-être.
Un total.
Chaleureux.
Merveilleux.
Bien-être.
Une sensation qu'elle n'avait pas connu depuis longtemps, à vrai dire. Allongée paisiblement, Taymir avait même fermé les yeux pour commencer à se décontracter. Sous l'impulsion donnée par les doigts experts de la masseuse, les muscles noués de son dos se ramollissaient, tout comme ceux de ses épaules. Quant à son bras, n'en parlons pas. D'habitude, les quelques cicatrices qui sillonnaient la chair douce la picotaient quand d'aventure elle tentait elle-même de se manipuler, les muscles se tendaient inéluctablement et la jeune fille finissait par prendre des remèdes antalgiques assez forts ; enfin assez fort pour le fétu de paille qu'elle était.
La guérisseuse sentait.. Oh de l'huile..
Quelle sensation exquise. Elle irait même jusqu'à poser le terme « divin » sur cet attouchement mais non, elle s'en tiendrait à « exquis », « merveilleux », « unique ». Comme si la jeune fille d'Eronn se sentait légère, toute légère et douce, pareille à une plume. Comme une plume de Kraa... Ou le fin duvet du ventre de..Khamsin, celui qui lui avait tenu lieu d'oreiller dans ce désert pourri du Ringèm. La simple mention de ces lieux lui firent plisser vaguement le nez, une expression soucieuse passant sur son visage avant de disparaître, effacé par un sourire de bonheur. Et pourtant ce n'était que le bras dont la masseuse -Kenya- prenait soin.

Ses caresses étaient magiques, médicinales. Tellement douces que si Taymir avait la tête encore au travail en cet instant elle lui aurait sans doute demandé des conseils pour ses propres patients. Les yeux mi-clos, elle laissait enfin ses pensées vagabonder. Le soir arrivait mais elle n'en avait pas même la notion, toute à sa somnolence bienvenue. Elle en avait besoin, cruellement.

Assise sur les marches de bois usé, Taymir attendait.
Elle attendait toujours jusqu'à ce que la nuit vienne sur le perron.
Les lumières orangées du soir commençaient à éclairer les plaines, le ciel était clair. La nuit allait être froide, songeait la petite fille en regardant distraitement les rares nuages qui la contemplaient de là où ils étaient. Certains ressemblaient à des nuages informes, d'autres, moins nombreux, avaient des formes amusantes. Depuis le début de son observation, elle avait vu passer une Hojehaim, un cheval auquel on avait rajouté une patte et un serpent. Il était joli d'ailleurs ce serpent, il n'avait pas l'air méchant. Quand elle ne regardait pas les nuages, la fillette faisait des dessins à l'aide d'un bâton sur la terre, ça c'était l'été, ou sur la neige. Aujourd'hui il neigeait, et papa n'était toujours pas rentré.
Une légère sensation de froid courait sur la peau blanche, mais loin d'être un frisson, c'était plutôt... La réminiscence d'un doux souvenir.
Sa maman. Elle était là, tout près, Taymir pouvait encore humer son parfum et sentir son regard. Elle venait toujours s'asseoir près d'elle durant ses attentes, avec un petit plateau. Deux tasses de thé et une tartine de confiture. Venait le temps du réconfort.
Oui elle s'en souvenait.
Le parfum du thé parvenait à ses narines, la replongeant dans quelque souvenir de son ancienne vie.

Le bleu de ses yeux s'était éclairci, tirant sur le pervenche, signe qu'un poids semblait s'être dissipé. Ne serait-ce qu'avec un seul massage.
Comment faisait-elle ça ?
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Fanaa
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MessageSujet: Re: Alentours de Fedoran   Mar 15 Jan 2013 - 1:35

Sous ses mains expertes, les muscles de la patiente, se détendaient totalement ... et pas uniquement ses muscles d'ailleurs. Son esprit aussi, peut-être que si Kenya continuait encore, Taÿmir allait peut-être s'endormir ? Peut-être. La Fedorienne allait encore continuer quelques minutes, et puis elle irait s'asseoir et attendrait patiemment que la petite blonde reprenne petit à petit ses esprits. Concentrée sur sa cliente, Kenya ne remarqua pas la silhouette qui se glissait silencieusement hors de la salle d'eau. Pas plus qu'elle ne la vit traverser le salon sur la pointe des pieds et gagner la porte d'entrée.
Par contre elle entendit la porte s'ouvrir et en tournant la tête elle vit une chevelure noire disparaitre dehors.

Ses mains s'arrêtèrent une demi-seconde puis reprirent leur travail.

Fanaa était encore là ? Et Bran alors ? Lui aussi était-il caché dans la petite salle d'eau ? Pourquoi ne s'être pas manifesté avant ? Le contact de Kenya sur la peau de Taymir se fit de plus en plus léger, elle passa ses mains une dernière fois juste au-dessus de la peau de l'illymis pour la réchauffer, resta quelques secondes au niveau de l'épaule, puis s'arrêta enfin.

Sans bruit, elle se recula de la table de massage pour aller ouvrir la porte de la salle d'eau. Personne. Mais Fanaa y avait passé toute l'après midi. Bizarre. Kenya retourna dans le salon pour s'asseoir sur le canapé. Elle souleva un coin du rideau et remarqua que la nuit était tombée. Le massage avait pris beaucoup de temps, mais c'était important. En massage, pas de brusquerie, pas de stress, pas de limite de temps.
Laissant aller sa tête en arrière, elle posa sa main sur son front. C'était triste à remarquer mais Fanaa était "grande" maintenant. Elle n'était plus la petite fille des Délices ... quel dommage ...






Fanaa s'était éclipsée. Elle avançait à grand pas dans les rues, une main sur son oeil droit. Son globe oculaire brûlait effroyablement, mais au moins la fièvre s'était-elle un peu calmée. Fanaa passa sur la place de l'oranger sans ralentir le pas, reconnut la porte de la maison de la génitrice d'Earl, accéléra encore et atterrit finalement sur une des petites places vertes de la ville. Mais pas n'importe quelle place. C'était ici et nulle part ailleurs qu'elle devait être. C'était ici.

*ça va aller, ça va aller, ça va aller.*
Elle ne devait pas craquer. Elle ne voulait pas craquer. Il ne fallait pas.
*ça va aller, ça v aller, ça va aller.*
Ici. c'était ici.
Elle alla s'asseoir sur un coin de banc, engoncée dans le grand manteau sombre déchiré dans le dos. Déchiré et ensanglanté. Elle remonta ses genoux et les tint serrés contre elle. La main sur son oeil, elle cacha son museau dans le col difforme et inspira les drôles d'odeurs qui l'imprégnaient encore. Sable, soleil, cuir, sans, musc, herbes étranges, Earl ... et aussi un soupçon d'autre chose d'un peu trop lointain pour être reconnu précisément.

*ça va aller, ça va aller, ça va aller.*
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Taymir La Douce



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MessageSujet: Re: Alentours de Fedoran   Mar 15 Jan 2013 - 12:24

La neige tombait à petits flocons sur les plaines d'Eronn ce soir là, se rendait compte la petite fille en se drapant un peu plus dans la grande couverture qu'elle venait de chiper à sa mère. On aurait dit un manteau, un gigantesque manteau d'hermine qui se posait délicatement sur la végétation et les bâtisses, pur et étincelant sous les étoiles. Elle aimait l'hiver. Le froid décidait de qui garder jusqu'au printemps. La vie faisait son choix et ne restait que les fleurs qui pouvaient éclore un peu plus tard.
Les fleurs. Elles étaient la principale préoccupation de la jeune fille en dehors de son travail. Le jardin était couvert de neige lui aussi mais elle ne désespérait pas de pouvoir voir arriver ses protégées. Cette odeur de thé revenait, aussi insistante à chaque fois. Mais là, ce n'était plus Vallon qui s'occupait de l'infusion, mais la jeune fille elle-même.
Elle avait grandi, ses joues étaient déjà tatouées. Et bien, car ses cheveux avaient complètement repoussés, retrouvant leur longueur et leur beauté d'origine avant qu'elle n'ait eu l'audace et la bêtise de jouer les rebelles en se les coupant comme un garçon. Taymir souffla sur le bord de la tasse, faisant s'envoler la fumée odorante vers les flocons qui venaient parsemer le perron, avant d'en boire une gorgée. Plus que du simple thé, c'était le mélange préféré de Sven, son père.
Fleurs de bruyère, eau chaude, fruits et thé, oh et un peu de miel aussi. Sauf que dans ces circonstances, Taymir n'avait pas le moindre sou pour s'acheter du miel.
La maison était vide désormais. On lui avait laissé sa maison, la maison de son enfance, et même si elle regrettait souvent de n'avoir personne avec qui vivre, elle aimait cette solitude, ces pièces encore vivantes de souvenirs que personne ne viendrait piller. Et au moins elle pouvait mener ses recherches en paix. Ses travaux... Des monceaux de parchemins, des livres, ce livre qu'elle avait « emprunté » à la grande bibliothèque en se promettant de le remettre à sa place, cette femme démunie...
Son regard clair se perdit dans la nuit sombre, scintillante d'argent. C'était son devoir, mais elle avait d'autres rêves.
La partie la plus excitante de sa vie, celle où elle avait vécu ses rêves d'aventure de fillette, celle où elle avait sellée sa jument pour partir plus au Sud-Est, vers le désert de boue empoisonné. Elle avait alors bien grandi, presque vingt- deux ans, et ces quelques jours avaient été les plus excitants, les plus terrifiants et les plus beaux qu'elle avait vécu. Tant de gens merveilleux l'avaient accueilli, sans crainte. Kraa, Khamsin, Syrven, le chat Lyrev. Talisham aussi. Puis... Fanaa... La douce et belle Fanaa. Dès le début Taymir avait éprouvé une affection débordante pour cette jeune femme tourmentée. Elle la sentait si... Ecrasée par un fardeau qu'elle avait peine à imaginer. Mais les deux filles s'étaient bien entendues.
Ses rêves, c'était de les revoir, de leur demander si ils allaient bien, de réconforter si il y avait besoin la jolie danseuse qu'elle avait dû laisser dans les ruines, sans penser qu'elle ne la reverrait plus.

Grands à leur façon, ses rêves faisaient battre son cœur plus vite encore que la peur d'être découverte, que la peur que la guérisseuse éprouverait devant un retour au Ringèm seule... Plus beau que tout le reste.

***

Doucement, presque songeusement, l'Ilymis commença à battre des cils, revenant peu à peu dans le monde réel. Il faisait doux, et par dessus-tout il y avait un magnifique silence. Respirant profondément, comme délassée et béate, Taymir leva une main pour se frotter les yeux.
Eh bien, on dirait que tu t'es endormie ma fille. Tilla va te massacrer si tu as trop tardé. Mais curieusement c'était le cadet de ses soucis en ce moment-même, lorsqu'elle touchait son coude d'habitude raide et douloureux.
C'était fantastique, ne put-elle s'empêcher de penser en commençant à se redresser. Son bras était tout... Neuf !


« Tes mains sont magiques. Il n'y a aucun autre terme pour ça. »

Et elle s'étira gracieusement, souriant avec délices.
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MessageSujet: Re: Alentours de Fedoran   Mar 15 Jan 2013 - 13:23

- Bonjour, jolie poupée. La voix basse et douce de Kenya l'accueillit. Tu as fait un petit somme. Cela arrive souvent et ça prouve que le massage était efficace. Je suis contente.

Le thé était froid maintenant. Kenya se leva et alluma une lampe puis souffla chaque bougie, signifiant que la séance était terminée.

- Prends ton temps pour te réveiller, ensuite il faudra rentrer chez toi. Il fait nuit maintenant tu sais.

La fedorienne s'étira, elle se sentait fatiguée. Une bonne nuit de sommeil serait bienvenue. Elle cacha un bâillement derrière sa main.

- Dans quel quartier habites tu ? Est-ce que ça va aller pour rentrer ?
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MessageSujet: Re: Alentours de Fedoran   Mar 15 Jan 2013 - 14:09

Cette fois-ci, Taymir pouvait utiliser ses deux mains pour renouer la bretelle de son tablier, après avoir arrangé sa robe rouge. Quel bonheur, son bras pouvait de nouveau se plier, pas dans toute son amplitude encore mais c'était tellement mieux que de prendre ses drogues expérimentales en espérant soulager ses douleurs articulatoires. Rabattant en arrière ses longues mèches dorées, elle regardait sa talentueuse masseuse montrer des signes de fatigue. Quoi ? Il était si tard que cela, s'enquit la petite Ilymis en haussant les sourcils.

« Déjà la nuit... ? Et bien, tu es fichtrement douée pour que j'oublie mes horaires ! Je vis près du coin des herboristes, plus loin...La boutique de Madame Tilla, je travaille, je joue les coursières et les laborantines. »

Se sentant bien aise, elle se mit debout et du regard chercha son long manteau plié. Quand elle l'eut trouvé, ses petites mains en extrayèrent une bourse de peau. Avec un gentil sourire Taymir fit sonner une dizaine de pièces en les posant sur la table de massage. Dix, c'était plus que trois, mais cette expérience avait été fantastique et le méritait bien ; après tout c'était dans la mesure de ses moyens. La tête penchée sur le côté, faisant luire les deux petites pierres d'azur passées à ses oreilles, elle regarda sa compagne l'air effronté. A sa ceinture était passé un minuscule fourreau, un coutelas probablement qui disparut une fois qu'elle enfila son manteau.

« Et ne t'inquiète pas, je n'ai pas l'air comme ça mais je suis un vrai danger public. Je peux rentrer chez moi.»
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MessageSujet: Re: Alentours de Fedoran   Mar 15 Jan 2013 - 15:57

- Oh c'est beaucoup trop ... alors en échange on travaillera aussi tes articulations la prochaine fois, d'accord ? Bien. File maintenant, et fais quand même attention, il y a des gens bizarres qui traînent dehors la nuit.

Kenya poussa gentiment Taÿmir vers la porte.

- Oh, je ne me suis toujours pas présentée, impolie que je suis. Je me nomme Kenya. Passe une douce nuit, fille aux cheveux de blés mûrs.

Elle lui fit un petit signe et repoussa le battant. Elle rangea table de massage et bougies parfumées dans un coin pour sortir de nouvelles bougies. Noires. Elle enroula un foulard sombre autour de sa tête et attendit.
Il y eut un coup à la porte.


- Entrez.

Ils étaient deux et en portaient un troisième. Troisième qui avait la tête dans un sac et les mains attachées dans le dos. Celui-ci fut jeté à terre et gémit sous le choc.

- Quelle est l'histoire cette fois ? demanda Kenya.
- Le pauvre type est rentré chez lui rond comme une barrique. Il a agressé sa femme et ses gosses. Il a même dépecé le chien.
- Les ravages de l'alcool, vous savez ... ajouta l'autre.
- Il paraît, en effet. concéda la masseuse. Enlevez-lui le sac.

Sous le sac, le pauvre bougre avait la lèvre éclatée, un oeil au beurre noir et ...


- Et il s'est cassé les dents tout seul ?
- Nan. Sa bourgeoise a voulu défendre les gosses.
- Et c'est aussi elle qui lui a brisé les doigts ?

Le premier homme approcha d'elle une bouche à l'haleine malodorante.

- Me rappelle pas qu'on te paye pour poser autant de question.
- Et je ne crois pas avoir reçu ma paie, puisqu'on en parle.

Mauvaise haleine se tourna vers son compagnon.

- File lui l'fric.

Une bourse atterrit aux pieds de Kenya. Celle-ci s'agenouilla, l'ouvrit et compta. Tout était en ordre, ne manquait plus que de passer aux choses sérieuses.

- Est-ce que vous ...

Une torgnole s'abattit obligeamment sur la joue du gusse qui ouvrit un oeil et cracha une dent au sol.

- Qu'effe ... qu'effe que ... Il geignit.

La main de Kenya jaillit et s'agrippa sur la tête du gars comme une serre, le forçant à la regarder. Il avait une arcade sourcilière fichue et du sang dégoutait dans son oeil, rendant probablement sa vision floue.

- Tu vas te cacher maintenant. Tu vas te cacher dans le meilleur endroit que tu connaisses. Ensuite tu attendras. Tu attendras que la journée passe et puis à la nuit tu ressortiras. A la recherche de la milice. Tu en frapperas un ou deux et plus tard, une fois qu'ils t'auront bien installé au cachot, tu leur avoueras. Tu leur diras que tu as tué ta femme et que tu as aussi ...

Elle lui implanta l'histoire dans l'esprit. Cela manquait de détails mais ça suffirait. La milice ne cherchait pas plus avant, surtout s'il s'attaquait à l'un d'eux. Ce qui compterait serait d'avoir un coupable pour le meurtre de toute une famille. Et si il leur tombait rôti dans le bec, ils ne se risqueraient pas à faire les difficiles. L'histoire était grossière, mais elle n'en passerait que mieux.

Et le véritable auteur de ce carnage, lui, comme d'habitude il ne serait pas inquiété une seule seconde. C'est qu'il avait un père très prévenant. Prévenant et riche.

Le temps passa et la bougie noire s'éteignit toute seule, comme soufflée par une présence invisible.


- C'est terminé.

Kenya fit les quelques pas qui la séparait de la porte et l'ouvrit.

- Une fois dehors détachez-le, le reste se fera tout seul. Bien le bonsoir.

Mauvaise haleine la regarda bizarrement en passant à côté d'elle, mais il hocha la tête et quitta la maison suivi de son collègue et de leur coupable idéal. La fedorienne referma la porte, alluma la lumière et alla nettoyer la bave et le sang que je pauvre type avait laissés là. Après avoir balancé la dent dans la poubelle -qu'elle découvrit pleine de débris de faïence bleue et de miroir (tout ne s'était donc vraiment pas bien passé pour le petit couple)- Kenya, harassée, put enfin aller dormir. Enfin ...
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Taymir La Douce



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MessageSujet: Re: Alentours de Fedoran   Mar 15 Jan 2013 - 17:06

Kenya.
C'était un joli nom, se disait Taymir en s'éloignant de la maison après avoir adressé un bref signe de main à la jeune femme. Ce que le nom Kenya voulait dire devait avoir une jolie signification. Son épaule détendue irradiait de bonheur sous son manteau de jute, apportant un sourire béat sur la figure blanche de l'Ilymis ; les fleurs tatouées sur ses pommettes à l'encre bleue semblait même plus fraîches et vives.
Il faisait encore bon, mis à part... Qu'il faisait nuit à présent. A croire qu'il y avait des vertus euphorisantes au massage de la dénommée Kenya, car elle n'avait même pas peur de rentrer seule chez elle. Son bras sentait encore bon l'huile de massage, elle l'humait encore au travers de sa manche. Quand elle pensait qu'elle s'était presque endormie sous les mains expertes de la Fédorienne... Ca faisait bien longtemps qu'elle ne s'était pas abandonné à somnoler de telle façon ; un incroyable sieste reposante dont elle avait bénéficiée et qui lui avait fait tellement de bien.
Tant de souvenirs lui étaient revenus, aussi doux que du miel, ceux de son enfance en particulier quand elle était petite fille. Ses escapades dans les champs, ses cueillettes de baies, les soirées pendant lesquelles elle attendait devant la maison le retour de son père, les tartines de confiture de sa mère... Son passé était là, et c'était la première fois depuis des mois qu'elle pouvait y avoir accès sans sentiment de rage ou d'impuissance.


« Mmh, maître des moissons... Taymir se prit même à fredonner à voix basse, très basse dans la rue faiblement éclairée encore. Fais battre mon cœur.. nos cœurs... Espérons que je ne sois pas... perdue. »

Elle devait être tellement détendue qu'elle se permit un trait d'humour sur sa situation. Et son manque cruel de sens de l'orientation qui lui avait valu de tourner en rond pendant plusieurs jours dans le Ringèm. Et ce n'était pas quelque chose dont elle tirait fierté. Surtout qu'elle n'était pas seule dans les rues à cette heure-ci, se rendit compte avec une petite pointe d'anxiété la petite femme blonde. Le quartier des herboristes ne devait pas être loin, se disait-elle en reconnaissant un peu plus loin les remparts de la cité.

**

Plus d'une vingtaine de minutes plus tard, après être passée par des ruelles et de petites rues pas forcément bien éclairées et le ventre contracté, Taymir sentait s'envoler petit à petit son optimisme, le cœur battant à cent à l'heure, et la poussière soulevée par les brises nocturnes lui collant au visage.

« Cette rue. Je m'en souviens de cette rue. Murmurait-elle pour elle-même en cachant ses mains dans ses poches. Elle me ramène vers la Taverne si je me souviens bien. Là-bas, c'est... »

Marchant tout d'abord d'un pas déterminé, son pied devenait hésitant à mesure qu'elle avançait dans cette direction. Connaître approximativement la ville de jour, c'était dans ses cordes, mais elle n'était pas une noctambule avertie. Ca n'avait rien à voir sous cet angle-là, le cœur de la guérisseuse commençait un peu à s'emballer lorsqu'elle passait en hâtant le pas devant un tripot d'où des éclats de rire gras et des cris se faisaient entendre.
Jusqu'au moment où elle s'arrêta tout à fait à un carrefour. Et la perspective de rester seule la nuit entière à la recherche de son abri chez Tilla n'avait point l'art de la rendre folle de joie.


« Respire, ma fille. Alors... Où es-tu... Là par contre Taymir commençait à s'inquiéter. Et en plus si tu continues à te promener toute seule, ça ne va pas le faire. Si seulement tu avais vu l'heure plus tôt... »

Ses pas continuaient prudemment dans la direction d'une bâtisse à l'aspect propre et tranquille, les flambeaux sur sa façade pouvaient être un bon point de repère. Si elle avait de l'argent la jeune fille y serait bien rentrée, mais là... Et puis elle ne savait même pas où elle était !

« Créateur, pourquoi j'ai suivi Kenya comme une andouille, même si c'était pour la bonne cause ? Dame Tilla va me tuer ! ...Enfin si j'arrive à retrouver sa boutique un jour ! »

S'adossant à un mur, l'Ilymis se sentait à deux doigts de flancher et de paniquer. C'était justement la pire chose à faire quand une personne était perdue, se força-t-elle à penser. Reste calme. Une odeur familière parvint à sa hauteur, celle du crottin frais.

« Une écurie.."
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Fanaa
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MessageSujet: Re: Alentours de Fedoran   Mer 16 Jan 2013 - 2:39

Un couple vint s'asseoir sur le banc et ne semblèrent pas voir Fanaa à l'autre bout. Celle-ci releva un peu les yeux pour les observer. Avec la seule lumière des lampes de la ville, ils semblaient deux ombres chinoises. Ils s'embrassaient, ils riaient puis ils s'embrassèrent encore. En les regardant, Fanaa se remit à pleurer.

*Earl ! Earl !*

Il lui avait glissé une fleur dans les cheveux. Et quelques heures après il était parti sans se retourner. Comme ça. Juste pour ... ne pas s'excuser ? Ce n'était pas juste. Elle avait seulement été sincère, elle lui avait demandé ce dont elle avait eu besoin, lui avait demandé de le lui donner. Elle avait voulu être une femme qui savait ce qu'elle voulait et en retour elle avait tout perdu. C'était ça être femme ? C'était se retrouver abrutie de chagrin seule dans une ville quasi inconnue ? Quel intérêt y avait-il à être femme franchement ?
Mieux valait ... Mieux valait ...


*Continue ?*

Non. Non pas elle. Fanaa l'ignora en se concentrant encore sur le couple. Couple qui se leva et s'éloigna en riant, main dans la main.

Earl ne lui avait jamais pris la main. Mais au moins ne l'avait-il pas retirée lorsqu'elle prenait la sienne...

Deux autres personnes s'approchèrent et cette fois ce n'était pas un couple. C'était deux hommes et ils se battaient. A demi-soûls ils tombèrent sur le banc en se bousculant et l'un d'eux accrocha par mégarde la jambe de Fanaa. Celle-ci la retira avec un petit cri et chuta au sol dans son sursaut.


*Tu te rappelles de notre enjeu ?* résonna la voix dans sa tête. La voix de l'Autre.

Il ne fallait pas écouter. Il ne fallait pas. Les deux soulards réussirent à tomber aussi, sans s'arrêter de se donner des coups. Levant un bras pour se protéger, Fanaa se recula et se remit debout. Hagarde et se demandant où aller, elle resta quelques instants de trop au même endroit et une main s'enroula autour de sa cheville pour tirer, la faisant tomber au sol. Le choc fut rude et elle voulut sortir son sabre mais rien n'apparut dans sa main. Elle donna alors de frénétiques coups de pieds pour se libérer de ces inconnus qu'elle ne distinguait pas. Deux bras la saisirent pour la remettre sur pieds et elle entendit :

- On fiche la paix à la demoiselle !

Pas plus rassurée par ce nouvel inconnu que par les autres, elle se secoua pour se dégager et fut relâchée aussitôt.

- Tout va bien ?

Elle avait la bouche sèche. Sans répondre, elle fit demi-tour et s'enfuit en courant, fuyant la place où ...

*Si tu n'arrivais pas à être à lui, tu devais être à moi. Rappelle toi. Et aujourd'hui j'ai gagné.*
*Non!*
*Si. Allons laisse toi faire. Les humains sont faibles et souffrent. Il n'y a aucun intérêt à en être un.*
*Je suis Fanaa ! Je suis humaine ! Je suis vivante ! J'existe !*
*Plus pour très longtemps.*

L'attaque fut fulgurante. Fanaa s'écroula sur le sol et se mit à convulser violemment. Sur le sol froid et sale de Fedoran. C'était une lutte intérieure. Ah elle comprenait maintenant pourquoi l'Autre avait été si silencieuse depuis les grottes. Elle attendait son heure. Elle voulait faire disparaître Fanaa, cette dernière n'étant pas assez intéressée par le pouvoir qu'elle représentait. Si seulement l'Autre avait pu exister dans le corps d'un mage puissant pétri d'immenses projets ! Mais non. Elle n'avait eu droit qu'à une petite fille émotive. Une fille qui avait des capacités mais ne s'y intéressait guère. Quel gâchis. Alors cette fois, l'Autre l'aurait. Elles avaient passé un marché, elle avait attendu, elle devait donc récupérer son dû. Ce corps. Car l'Autre, toute-puissante qu'elle fut ne pouvait pas exister sans "conteneur". l'Autre avait besoin du corps de Fanaa. Mais pas de Fanaa.

L'homme qui venait de lui porter secours pour les bagarreurs accourut et fut atterré de la voir ainsi, mais il n'osa pas la toucher. Elle tremblait bien trop violemment et ses yeux se révulsaient. De son oeil droit s'écoulait un liquide sombre.

*Nereyn ! Nereyn !* appela-t-elle désespérément.

Elle se focalisa sur lui, sur cette nuit qui avait été comme un rêve. Cette nuit où il avait fait couler son sang, la rendant réellement femme. Vivante.

Les convulsions s'arrêtèrent aussi brutalement qu'elles avaient commencé. Earl avait laissé sa marque. Il l'avait laissée plus profondément qu'il n'eut pu l'imaginer. Pour cette fois, Fanaa avait gagné. Elle avait gagné grâce à celui qui était parti sans se retourner. Après lui avoir mis une fleur dans les cheveux...

Elle ne bougeait plus, maintenant.


- Mademoiselle ?

Le contact de l'inconnu fut comme un choc électrique et les larmes coulèrent le plus belle. Les larmes et le sang.

*J'ai gagné Nereyn. J'ai gagné.*

- Nereyn...
- Je vais vous aider à vous relever.
- Non ...

Elle n'avait plus de force. Et il était difficile de repousser quelqu'un quand on avait le bras aussi solides que ... du coton. Il la remit donc debout. Sauf qu'il dut la maintenir car ses jambes ne répondaient plus.

- Vous voulez que je vous accompagne quelque part ?
- De l'eau ...
- Vous avez soif ?
- Le ruisseau. S'il vous plait. Le ruisseau.
- Le ruisseau hors de la ville ? Celui des caravanes ?
- S'il vous plait.

Docilement, l'homme la souleva dans ses bras - cette fille ne pesait rien ! - et l'emmena où elle l'avait demandé. Il fallait sortir de la ville et s'éloigner un peu mais il trouva un bout de ruisseau qui resterait vide de tout occupant, même au matin.
Elle demanda à ce qu'il la reposa au sol. L'esprit complètement flou, elle ôta le manteau, le déposa sur une pierre et, sans force pour retirer bottes ou vêtements, elle se traina à l'eau où elle s'immergea jusqu'au épaules. Elle s'assit sur le fond du lit, laissa aller sa tête en arrière sur un rocher et eut l'impression de perdre connaissance.
Mais elle s'était montrée plus forte que l'Autre. Et ça, c'était bon.

Nereyn ...



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Fanaa
Petite étoile !
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MessageSujet: Re: Alentours de Fedoran   Jeu 17 Jan 2013 - 13:58

~Maison de Kenya~

La Fedorienne ouvrit les yeux d'un seul coup. Elle passait du sommeil à l'éveil très rapidement et sans étape intermédiaire. Et elle ne rêvait plus. Elle ne rêvait plus depuis longtemps, mais elle se souvenait encore. C'était son choix.

Elle se redressa sur son sofa et sa main alla pensivement toucher l'espèce d'ocarina de verre qu'elle portait au cou. Fanaa était encore partie sans dire au-revoir. Pour courir après un homme. Encore une fois. Combien de temps lui faudrait-il pour comprendre que les mâles n'apportent que le malheur ? Mais il était normal qu'elle essayât. Nombreuses étaient ces malheureuses qui tentaient. Mais trêve de pensées négatives.

Son esprit de tourna vers Kyara, l'agréable musicienne shalos. Voilà qui était mieux pour débuter la journée. Elle avait laissé une de ses fioles d'huile à la Taverne où sa nouvelle amie séjournait. Il était temps d'aller la récupérer et d'avoir la joie de revoir cette chevelure violine qui cachaient un impressionnant tatouage. Kenya se demanda encore ce que ce tatouage pouvait bien représenter...

Elle déjeuna, fit sa toilette et s'habilla, puis prit le chemin des Trois Haches
.

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Taymir La Douce



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MessageSujet: Re: Alentours de Fedoran   Lun 28 Jan 2013 - 1:25

Le Comptoir.
Après le réconfort de la Taverne, les quartiers excentrés...

Dans les rues excentrées de Fédoran, s'il y avait bien un établissement qui se faisait peu remarquer des passants, c'était bien la boutique de Madame Tilla, ou Le Comptoir comme on l'appelait familièrement. Une bâtisse tout à fait ordinaire comme les Fédoriens construisaient, à la devanture de carreaux salis par une poussière vieille de dix ans, masquant un intérieur que vous ne pouviez découvrir uniquement en poussant le bois usé de la porte.
Dès lors que vous posiez le pied sur le seuil, une puissante odeur assaillait vos narines. Un mélange d'effluves d'herbes pilées, certaines plus malodorantes que d'autres, de formol, de quelque chose qui ressemblait à une vague odeur de putréfaction malgré tout masquée par un encens des plus douceâtres. Ce mélange était des plus prompts à vous donner migraines et nausées pour les gens peu accoutumés, même l'apprentie devait faire abstraction de ce parfum en travaillant. La pièce principale était plutôt exiguë, encadrée par deux immenses étagères de bois, complètement envahies par divers objets. Fioles, pots d'argile, plumes, herbes grimpantes de toutes sortes, poudres, onguents, encens, griffes et des choses indéfinissables dans l'ombre des lieux. Une ombre seulement troublée par la lueur du jour filtrant par les carreaux et les chandelles posées sur les meules ainsi que le comptoir, vers le fond. C'était là l'antre d'une herboriste Ilymis, appellée Tilla par le commun Fédorien, une apparente quinquagénaire encore belle qui tenait son commerce depuis plus d'une dizaine d'années. Très souvent derrière le pan de table qui lui servait de comptoir à compter et recompter les zoris qu'elle possédait, elle avait l'aspect d'une dame plutôt bien élevée, avec son chignon tirant sur l'argent toujours impeccable et sa robe gris souris un peu passée. Généralement quand on s'adressait à elle, Tilla avait un don pour montrer ses bonnes manières et se faire respecter. Très douce, très policée même si son autorité transparaissait durant ses échanges avec son apprentie, Tilla était réputée pour ne pas se laisser impressionner.
Sauf devant les bourses bien remplies.

La guérisseuse avait été engagée de par ses talents mais aussi de ses origines. Enfin ça, c'était ce que son employeuse lui contait sans cesse. La jeune femme n'avait pas souvenir qu'elle lui ait demandé un jour ce qu'elle faisait avant d'arriver à Fédoran. Elle lui avait seulement demandé son nom.
Taymir Oran'n.
Et le nom avait suffi à illuminer le visage de la dame, le parant d'une expression que Taymir n'avait pu définir en la voyant. Elle avait aussi pu lui ouvrir la porte du petit laboratoire de la boutique. Qui était aussi la réserve. Et également la couche de l'Ilymis qui y dormait sur une paillasse entre deux caisses de bois aux effluves étranges.
Payée une vingtaine de zoris la journée, Taymir avait souvent droit à des suppléments quand elle effectuait une course à travers la ville. Généralement, une jolie petite blonde ne suscitait pas de questions, avait coutume de lui dire son employeuse quand elle lui tendait un pot d'onguent ou une fiole à livrer, bien que la jeune Ilymis ne comprenne pas totalement pourquoi les clients ne venaient pas en personne à la boutique chercher leur commande.
Enfin c'était les affaires de la patronne, se disait toujours Taymir en sortant de l'antre de Tilla.

Ce soir-là c'était différent.
Le cœur battant à tout rompre, Taymir posa la main sur la porte, anxieuse à l'idée de croiser l'empoisonneuse à l'intérieur. Oui. A présent qu'elle savait ce qu'elle faisait réellement au cœur de son bureau. Les rares clients qui avaient testés leur produit devant la jeune Ilymis avaient succombé, quelques heures plus tard. Il y en avait même un qui s'était effondré dès lors que la jeune fille sortait de la pièce, laissant planer un profond doute sur les affaires de sa patronne. D'autant qu'elle avait identifié plusieurs noms d'individus plutôt louches sur les registres que tenait Tilla.
« Allez Tay', arrête de tergiverser. Tu entres. Tu prends tes affaires, en piochant dans la caisse en passant, et tu ressors. Voilà c'est super simple quand tu y repenses non ? Ney'la t'attend dehors... Elle est tranquille elle ! »
Enfin il ne lui avait fallu qu'un pas à l'intérieur de la boutique pour sentir cette ambiance oppressante retomber sur elle.
Il faisait sombre, et un profond silence régnait parmi les objets encombrant les étagères.
L'Ilymis sentait son cœur au bord des lèvres tellement elle avait peur de se faire prendre, d'autant plus que si sa patronne revenait et la retrouvait après une journée d'absence sans donner de nouvelles, elle lui ferait chèrement...

* Taymir. Reste calme. Respire, tu veux ?
Oui, voilà comme ça. *

La pièce était vide. Personne. Laissant filer son souffle doucement entre ses lèvres, la jeune fille souleva la tenture ocre qui masquait l'entrée de l'arrière-boutique. Une petite marche. La maison était bien silencieuse, aucun bruit ni au rez-de-chaussée, ni à l'étage.
Les caisses de bois, les étalages, la petite table était toujours là, couverte de papiers et de fioles, de mortiers. Jetant nerveusement un coup d'oeil en arrière, Taymir saisit son sac dans lequel elle roula à la hâte sa couverture élimée et ses quelques vêtements. Elle y fourra également son livre, ses carnets de notes et son herbier, quelques pots de pommade, des herbes séchées, ses maigres économies, tout ce qui pouvait lui être utile. Son bâton de marche aussi, couronné de plumes diversese et de quelques perles de rocaille et de ruban, quitta le mur contre lequel il était posé. A la va-vite, pas d'organisation !
De toutes façons, elle n'avait pas le temps. Ses yeux pervenche parcoururent rapidement la petite pièce qui lui servait de gîte et de laboratoire à la recherche de quelque chose qu'elle aurait pu oublier.
* Non, rien. Tu as tout, allez file ! *

Après avoir endossé son sac, l'Ilymis se hâta de sortir, soulevant le pan de tissu qui servait de porte, retrouvant avec plus d'intensité l'odeur écoeurante de la pièce principale.
Ses sens auraient dû l'avertir. Son intuition aurait dû la prévenir. Elle aurait dû voir ce qui allait arriver. Elle aurait dû pressentir l'impact de la balance de comptoir en cuivre qui allait s'abattre sur sa figure...
Un puissant gémissement de douleur tandis que Taymir tentait de se retenir au bois de l'étagère, la tête comme transpercée de douleur. Une odeur métallique, une sensation étrange qui était en fait celle d'un liquide gluant sur son œil fermement clos, sur son nez endolori, ses jambes en coton et le bruit, la voix furieuse et glacée d'une femme, le son des cuivres qui s'entre-choquaient. Hasardant une main tremblante sur son visage elle sentit du sang, tandis qu'elle reconnut avec une surprise mêlée d'horreur la robe gris souris devant elle.


- T..Tilla !
- Où.étais.Tu.... PASSEE ? Comment OSE-tu revenir ici ? Et en plus en me volant ?? 

Il lui semblait que la voix explosait dans son crâne alors que le métal de la balance vint frapper la chair tendre de son bras, lui faisant pousser un cri de douleur et lâcher les livres qu'elle tenait contre elle.

- Arrê.. Arrêtez ! Taymir ne pouvait même pas empêcher les larmes de dévaler ses paupières à demi closes. Je ne vous ai rien fait !
- Ah oui ? La voix doucereuse de son employeuse était emplie d'une fureur qu'elle pouvait difficilement contenir. On part pendant une journée entière, avec son colis. Et on ne revient pas ? A ton avis, je dois le prendre comment, petite sotte ?
- Je... N'ai pas eu le choix ! 

La seule chose à laquelle Taymir pensait en ce moment-même, outre la douleur, c'était de sortir d'ici sans blessures. Ses muscles étaient tendus, sa mâchoire crispée et la peur grandissait, faisant couler une sueur froide le long de son échine. La respiration précipitée, l'Ilymis tâchait de suivre le balancement de l'instrument que Tilla tenait fermement en main, comme hypnotisée.

- Voyez-vous ça. J'aurais dû m'en douter. Après tout, tu es bien comme ton père. »

Les mots se bloquaient dans sa gorge, les larmes se figèrent au coin de ses paupières tandis que lentement elle se plaqua contre le mur. S..Son père...
Malgré le sang poisseux qui maculait sa tempe, elle fronça les sourcils.


- Je. Vous. Interdis de parler de mon père ! »

A sa propre surprise, sa voix était froide, tranchante, impérieuse même. Même Tilla avait dû le remarquer car elle avait presque fait un pas en arrière en entendant son employée riposter sur ce ton. Un rictus s'épanouit sur la face pourtant encore belle de l'Ilymis, empreint d'aigreur et de rage.

- Oh, voyons ma chérie. Tu sais bien que ton père... Oui le gentil Sven, le papa modèle... N'est pas aussi parf...
- FERMEZ-LA ! »

Le cri avait retenti, aussi fort et féroce que celui d'un lion blessé. La personne qu'était Taymir n'avait plus rien en commun avec celle qui se tenait contre l'étagère de produits, tremblante et pétrie de rage.

- Vous.. Vous avez saisi ? Bouclez-la ! Laissez mon père en dehors de ça ! Sale sorcière !
- H..Ha bon ? On se met au niveau de l'ennemie c'est ça ? Tilla venait de se remettre du petit choc d'entendre Taymir crier. Tu es donc au courant de.. Mon petit business ! Oh.. Ne compte pas sortir d'ici comme ça. Je te garantis que tu vas récolter ton salaire si ..Durement gagné !
- Vous êtes une ordure.
- La véritable ordure, c'est ton gentil papa. Tu connais l'histoire de.. La Secte de la Lune rouge – Elle prit un ton effrayant- … Oh mais oui évidemment, petite oie. La neige tâchée de rouge. L'odeur du sang qui a plané sur la cité pendant des jours. Ton père absent.  Ta mère qui est partie à sa recherche par la suite.»

* Tais-toi, Tais-toi ordure... Je t'en supplie, tais-toi ! *
Sa poitrine et sa tête brûlaient en entendant ces mots. Ces mots qu'elle refusait obstinément d'entendre. Elle ne voulait pas les entendre. C'était un mensonge. Grotesque. Absurde ! UN PUR MENSONGE, son esprit bouillait, les larmes obscurcissaient son âme.
* La ferme ! *


- Pourquoi pensais-tu que ton père valait mieux que les autres ? A ton avis... Où était-parti ton papa ? Cueillir des simples au loin ? Jouer les gentils clercs quelques lieues en contrebas ? Oh nooon.. Non... On le payait. 

* Papa. Papa ! *

- Il faisait d'excellents remèdes. Mais en matière de drogues, ou de potions... Ou même de poisons....

Un rire. Un rire sadique, qui se mua en un cri . La jeune fille venait de se jeter en avant, grognant de douleur, poussant de toutes ses forces son adversaire. Elle réprima un cri de souffrance en sentant les mains abimées de l'empoisonneuse s'agripper à sa chevelure dorée pour se retenir. Un poing qui tentait de l'atteindre mais qui ne fit que déchirer sa lèvre à cause des bagues à chatons griffues qu'il portait. Le son métallique de la balance qui s'écrasait dans la lutte par terre. De longues mèches de cheveux arrachés qui s'envolaient dans l'air chargé d'encens.

- Mais crève ! Hurla Taymir, la vue brouillée par les larmes et les mains agrippant désespérément le col de sa robe souris. Meurs !

Un bruit sourd, celle d'une tête qui heurtait le bois dur d'un parquet branlant. Des coups qui se répétèrent, Taymir à califourchon sur le corps inerte de la femme qui venait de la frapper et qui lui rendait ses coups au centuple, le visage déformé par la haine et par la rancoeur.
Les hoquets, les larmes, les gémissements de douleur et de honte s'échappaient d'elle à flots, brisant son échine. La notion de temps ? Perdue. Plusieurs minutes, peut-etre des heures, la jeune fille n'en avait aucune idée tandis qu'elle était prostrée sur elle-même, sanglotant de tout son soûl.
Tilla était sans connaissance, le visage maculé de sang, le sien peut-être ? Livide, les bleus commençaient à apparaître sur son cou dénudé, ses épaules et son front.
Taymir n'en croyait pas ses yeux, portant ses mains à son propre cou. Si elle l'avait tuée... Un sentiment de désespoir, mais aussi de soulagement mêlé l'inonda alors que ses jambes tremblantes peinaient à la remettre d'aplomb. Ses poumons brûlaient, elle avait besoin d'air, sa poitrine était mûe par un mouvement saccadé, dévorant. Cette … Violence. Ce n'était pas elle ! L'horreur, le dégoût la saisirent avec la violence d'une nausée.

* Sortir... Il faut... Je dois sortir ! *

Se levant comme un petit automate cassé, déséquilibrée, la guérisseuse saisit machinalement ses affaires et en titubant comme une ivrogne elle s'écrasa contre la porte de la sortie, tentant de retrouver son souffle. Sifflante, sa respiration était désordonnée, effrayée et effrayante.

* Respire, Taymir, respire encore, calme-toi... *
* Ton père... *


- Non ! NON !

Passant sa manche sur son visage ensanglantée, elle poussa le panneau de bois, toute tremblante. Ney'la, sa jument, attendait paisiblement juste devant. L'équidé dirigea son regard doux et intelligent vers sa maîtresse qui s'extraya avec peine de cet antre puant, les mains plaquées sur le mur. Elle avait mal.
Elle était mal.
Taymir n'était plus elle-même. La seule chose qu'elle sentit fut le nez velouté de la jument contre son visage, la sensation de son crin brillant entre ses doigts et la chaleur de ses flancs contre ses jambes défaillantes.


- Ney'la.. nerei... Le Mitz... yap yap...

Sa voix chevrotait, s'étranglait. Elle avait peur, elle devait vite partir. Fédoran... Ville de malheurs. Le cheval et sa cavalière prirent le chemin du
Centre, capuche rabattue et souffle éteint.
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MessageSujet: Re: Alentours de Fedoran   Aujourd'hui à 9:28

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